dimanche 24 octobre 2010

On ne s'ennuie pas au Manitoba...



N’est-ce pas qu’ils sont beaux, les ours du Manitoba? Je les ais vus, ceux-là, dans un petit parc près de la rivière Rouge, en plein cœur de Winnipeg. Des ours de béton aux couleurs chatoyantes, créés par des artistes manitobains dans le but de lever des fonds pour le cancer.

Je me suis promenée sur le sentier qui longe la rivière Rouge, où j’ai vu de grasses outardes se laisser dériver paresseusement au fil du courant. J’en ai même croisées sur mon sentier, de ces dames ailées, pas le moindrement intimidées par les randonneurs. C’est même moi qui ai dû leur céder le sentier. Dis-donc, elles ne partent plus pour le Sud nos belles bernaches?



Quant à moi, je reviens d’un voyage-éclair à Winnipeg, afin d’y donner un atelier sur « Comment animer la lecture en classe » dans le cadre de la Conférence pédagogique annuelle des enseignants francophones du Manitoba. Conférence organisée avec une efficacité remarquable par une équipe joyeusement accueillante. Chapeau à Ariane, Mme Lise et M. Mario et les autres…

Se battre pour parler français
En deux jours à peine, j’ai eu un bel aperçu de l’énergie et de la passion que les enseignants manitobains mettent à préserver le français. Et le combat n’est pas facile au Manitoba… À preuve, ces deux titres d’ateliers : « Bâtard, les élèves parlent pas français! » et « Au secours! Dites-le moi en français s.v.p.! »

L’Acadie à Saint-Boniface…
C’est d’ailleurs sur la préservation du français que portait la conférence d’ouverture du congrès, donnée par Jean-Guy Moreau. À 67 ans, cet humoriste n’a rien perdu de son talent d’imitateur, même si sa mémoire lui fait parfois défaut. Il nous a offert une impressionnante rétrospective de l'histoire de la chanson francophone, avec 40 extraits de chansons en six minutes. Un tour de force.
Plus tard, lors d’un souper au resto avec d’autres participants au congrès, Moreau nous a raconté comment il avait été impressionné par l’acteur français Philippe Noiret, qu’il jugeait un homme sage, éminemment heureux et d’une modestie remarquable. Ce qui m’a fait sourire. Car durant tout ce repas, Jean-Guy Moreau a tellement parlé de lui, de ses expériences, de ses rencontres, qu’il a laissé la moitié de sa nourriture dans son assiette.

Bon prince, Jean-Guy Moreau a tout de même accepté, à la fin du repas, de faire pour nous sa seule et unique imitation d’une femme. Et là, dans un resto italien de Saint-Boniface, il nous a offert un monologue à la fois rigolo et tragique sur les origines des mots giguer et turluter. Un monologue rendu avec intensité dans les tons si chantants de la langue de l’Acadie. Et ce soir-là, dans un resto italien de Saint-Boniface, nous avons eu avec nous pour quelques minutes : la Sagouine.



Quand un directeur d’école s’assoit sur les bancs d’école…
Je me suis déjà plainte ici des directeurs d’école, qui semblent toujours trop occupés (et je sais très bien qu’ils sont débordés!) pour s’occuper de la lecture, qui constitue pourtant la pierre d’assise de l’éducation.

Or, dans l’atelier sur la lecture que je donnais à la Conférence pédagogique, j’avais un directeur d’école. Ce M. Julien, qui me semblait être un bon vivant, je l’ai approché à la première pause, pour lui demander d’être mon « assistant » pour une petite animation rigolote.
- Vous me dites « assistant » mais j’ai l’impression que je serai plutôt une victime, a-t-il répondu.
C’est qu’il était futé ce M. Julien. On ne pouvait rien lui cacher. Il a tout de même accepté de bonne grâce. Et moi, par politesse, je lui alors demandé à quel niveau il enseignait.
- Je suis directement d’école, qu’il m’a répondu.
Et moi, en toute impolitesse, je me suis exclamée : Pas vrai?! Dans toutes mes années de fréquentations scolaires, j’ai si peu l’habitude de voir des directeurs d’école prendre le temps de s’occuper de pédagogie, que j’en suis restée baba.

Durant l’atelier, M. Julien a gentiment accepté de se transformer en Babette et de se mettre sur la tête une perruque, des couettes-pantalons et une machine à faire pousser les cheveux. Voilà un directeur qui n'a pas peur du ridicule.

M. Julien est resté toute la durée de mon atelier : 3 heures!
Et je le voyais prendre des notes.
Et à la fin de l’atelier, il est venu me voir et m’a dit, d’un ton excité : « Votre activité avec la corde à linge, je vais l’adapter pour les élèves en sciences, et votre suggestion de lectomaton, je vais l’adapter pour que les plus vieux lisent aux plus petits… Etcétéra.

Son enthousiasme faisait plaisir à voir.
J’étais tellement ravie de son intérêt que je l’aurais embrassé, mais avec les directeurs, vous savez, mieux vaut s’en tenir au protocole…
Merci M. Julien, merci Monsieur le directeur, pour votre belle passion pour l’éducation et pour votre désir de donner le goût de lire…

6 commentaires:

  1. Plaisir à lire ton compte rendu. Plaisir à regarder les couleurs des ours.
    Au Québec, des fois on se demande si on se bat aussi fort pour garder notre langue française, on devrait peut-être prendre exemple sur les francophones hors Québec.

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  2. Julie11 h 47

    Beau compte-rendu, Andrée! Mais ce qui m'intrigue, c'est cette machine à faire pousser les cheveux. J'aimerais bien voir une photo de cette invention de ton cru (ou du cru de Babette) et, préférablement, avec un adulte sous la machine (et encore plus préférablement, soit un directeur d'école, soit toi!) :)

    Les noms des ateliers m'ont bien fait rire. Ça m'a rappelé l'époque où j'étais monitrice de langue dans le Nord de l'Ontario. Dans une classe, on avait instauré un système de bâtons de popsicle. Les enfants perdaient un bâton lorsqu'ils parlaient en anglais... Finalement, nous avons dû changer de système, car certains élèves étaient davantage occupés à prendre les autres en faute qu'à travailler. Tellement porte-paniers, même envers leurs meilleurs amis! Que ne ferait-on pas pour un bâton de popsicle (sans popsicle)!

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  3. Votre billet va ouvrir les yeux pour ceux qui croient que la perte du français touche seulement le Québec.

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  4. Jane,
    En tant que Franco-Ontarienne, je vois le français reculer d'année en année dans ma province natale... et ça me fait mal au coeur...

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  5. Anonyme14 h 17

    Jean-Guy Moreau
    est maintenant
    vagabond céleste

    Pierrot
    www.enracontantpierrot.blogspot.com
    www.reveursequitables.com

    www.tvc-vm.com/studio-direct-2-35-1/le/vagabond/celeste/de/simon/gauthier

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  6. Anonyme14 h 21

    bravo pour votre blog

    permettez-moi de vous offrir
    une de mes chansons
    que vous retrouverez
    paroles et musique sur
    www.reveursequitables.com
    boite à chansons
    moliere

    MOLIERE


    ca n’me tente pas
    de chanter comme un vieux
    que tout l’Québec tient s’es pilules
    pour mieux le contrôler

    dans un mélange explosif
    d’anti-dépresseurs
    de somnifères
    moé ca m’écoeure

    j’me suis jure d’mourir dans rue
    mème malade même dans la gene
    comme Molière sur la scène

    EN HAUT

    Molière, Molière, Molière
    tu jouais l’malade imaginaire Molière

    t’es mort sous les applaudissements
    moi ce s’ra entre deux océans

    comme cercueil le Canada que j’aime tant
    comme cerceuil le Canada que j’aime tant

    Oh Molière,
    le dieu de ma langue française

    COUPLET 2

    ca n’me tente pas
    de chanter pour un chef d’État
    qui par une guerre s’amuse
    à mieux nous controler

    dans un mélange explosif
    de trop de jeunes soldats qui meurent
    des québécois, moi ca m’ecoeure

    j’me suis juré
    d’crier dans rue
    pour une fois votez du bon bord
    pour sortir nos trop jeunes soldats
    d’la mort

    EN HAUT

    Molière, Molière, Molière
    la guerre c’est rien d’imaginaire
    Molière

    t’es mort sous les aplaudissements
    mais icitte entre deux océans

    y a trop d’cercueils dans mon Québec
    que j’aime tant

    y a trop d’cercueils
    dans mon Québec
    que j’aime tant

    oh Molière
    le Dieu de ma langue française

    COUPLET 3

    ca n’me tente pas
    de chanter comme un vieux
    que tout l’Québec tient s’es pilules
    pour mieux le contrôler

    dans un mélange explosif
    d’une immense colère d’électeur
    parce qu’un malade imaginaire
    cultive la peur

    j’me suis juré d’chanter la rue
    pour que mes mots s’rendent à l’ONU
    au nom de millions d’enfants disparus

    ne suis qu’un vagabond céleste
    loin de la haine et de tout l’reste

    qui trouve les pilules Oh Molière
    comme les bombes dans une guerre

    scandaleuses et obscènes

    Oh Molière
    le Dieu
    de ma langue française
    que j’aime

    Pierrot
    vagabond celeste


    Pierrot est l'auteur de l'Île de l'éternité de l'instant présent et des Chansons de Pierrot. Il fut cofondateur de la boîte à chanson Aux deux Pierrots. Il fut aussi l'un des tous premiers chansonniers du Saint-Vincent, dans le Vieux-Montréal. Pierre Rochette, poète, chansonnier et compositeur, est présentement sur la route, quelque part avec sa guitare, entre ici et ailleurs...

    merci
    bonne suite à votre carrière créatrice d'écrivaine

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