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dimanche 31 mars 2013

Ultime cadeau




M. 1924-2013.

Depuis plusieurs années, M. était là sans être là.
Partie sans vraiment être partie. 
Ne restait d’elle qu’un filet de voix.
Son vocabulaire réduit à des monosyllabes chuchotés.
Un regard trop souvent vague, avec parfois un éclair plus alerte, comme si une étincelle se ravivait de temps en temps dans son esprit ravagé par l’Alzheimer.

Cette semaine, M. est partie.  
Vraiment partie.
Elle a quitté son corps décharné.
Partie sans prévenir, silencieusement et humblement.
Fidèle à elle-même. 

La mort de M. me fait lorgner du côté de la prière.
Petite, je priais.
Je récitais docilement les formules apprises à l’école ou l’église, sans les comprendre et sans y croire.

Je ne prie plus depuis longtemps.
Pourtant, avec le départ de M. me revient une envie furieuse de prier.
Prier pour éloigner cet accablant constat : l’inévitabilité de la mort.
Prier pour avoir l’impression de faire quelque chose pour M., une dernière fois.
Lui envoyer des pensées apaisantes et de l’énergie positive, là où elle s’en va…

Mais comment prier quand on n'y croit pas?
J'envie les gens qui ont la foi et qui prient : ils peuvent offrir cet ultime cadeau à leurs morts.

dimanche 10 mars 2013

Les vertus thérapeutiques de la lecture…




Parfois, les messages de lectrices inconnues nous arrivent comme un baume. Nous font l’effet d’un coup de pied roboratif.  Merci Madame Manon pour ce beau tonique.
      
Chère Madame Poulin, 
Miss Pissenlit est un livre qui est facile à lire. J'avais très peu de concentration à la fin de mes traitements de chimiothérapie. J'étais faible et je ne pouvais pas être debout plus de 20 minutes.

 J'ai été transportée par la folie des parents: Vache et Vierge. J'ai ri et souri. J'ai été contente de voir que Miss Pissenlit était capable de vivre la normalité d'une relation saine avec son amie de garçon. J'ai été déçue du mauvais coup en rouge mais en même temps, j'étais compréhensive du besoin de faire sortir le méchant.

J'ai appris à voir les pissenlits d'une toute autre… Peut-être que je pouvais voir ma situation d'une toute autre manière aussi. En tout cas, la lecture m'aidait à oublier que j'avais un teint vert et aucun poil sur le corps.


J'ai eu de la peine à me séparer du live lorsque je l'ai rapporté à la bibliothèque. J'ai parlé du livre lors de mon partage au Centre Carmen.
Merci d'avoir écrit ce beau livre,

Sincèrement,

Manon, une lectrice de 50 ans qui aime tous vos livres,

dimanche 14 octobre 2012

Où je rage contre la fragilité du bonheur…




Photos dans les montagnes des Adirondacks: Charlotte Poulin-MacMillan 


Quand j’ai planté mes talons dans le lichen au sommet, je me sentais fière et forte. Invincible.  Confiante.  Si follement confiante. J’avais surmonté mon vertige.  Mes genoux avaient tenu le coup. J’avais sué sans abandonner. J’avais conquis LA montagne.  

Nous voilà donc, ma gang et moi, dans la descente. Joyeuse euphorie de la descente.  On se complait dans le plaisir de l’accomplissement.   On savoure son soulagement.  On se pète les bretelles mentalement.

Cette béatitude est renforcée par la magnificence de la montagne.  En ce moment, nous suivons une cascade zigzagante, d’une beauté fulgurante.  Une petite chute d’eau folle, parfois bouillonnante,  bordée de pins rouges, d’érable bien saignants et d’épinettes embaumantes.  Le tout baignant dans la lumière douce de fin d’après-midi.  

Et les ados qui rigolent en avant, contents qu’après cinq heures de marche, la randonnée tire à sa fin. Quand les ados rient, la planète entière sourit…


 Arrêtée (donc, immobile, même pas en mouvement!!!!),  arrêtée sur un rocher surplombant la cascade, je m’exclame : Comme c’est beau!

Mon pied glisse sur le tapis de feuilles mouillées.  Je tombe sur le rocher en pente.  Lourdement.  Mon corps glisse vers la cascade et j’ai cette pensée ridicule : « Je ne veux pas mouiller mes bottes neuves ».  Je sens la douleur avant même d’avoir encore pu identifier d’où elle vient.  

Mon corps s’immobilise au pied de la cascade.  Genou et coude ont pris le choc mais je n’ai rien de cassé.  Maintenant, comment me relever?  Pas de prise sur ce rocher lisse et glissant.  Au-dessus de moi, on s’agite : « Fais ceci. Lâche tes bâtons. Met ta main là.  Pose ton pied ici.  Donne-moi ta main. »
Je suis un phoque échoué sur le sable.  Paralysée.  J’agite les bras, les jambes. En vain. Incapable d’avancer ou de reculer.  Encore moins de me relever.  Plus ridicule que ça, tu meurs.

Je finis enfin par réussir à me relever. 
Je tremble.
Un peu de peur mais beaucoup de colère.
Malgré moi, les larmes jaillissent.
L’orgueil me coule en eau sur les joues.  
Moi qui me pensais forte, je suis en fait empotée, vieille, molle et lourde. 
Volatilisée ma fierté.
Comment ai-je pu être si naïvement confiante?
Comment la vie peut-elle être si parfaite une minute et si moche l’instant d’après? 
Il y a quelque chose de profondément révoltant dans la fragilité du bonheur.    


dimanche 29 juillet 2012

De l'urgence de mieux vivre sa vie...



La mort me rattrape. 
Avec une plongée dans cette insupportable sensation de vide.
L’absence de l’être cher, aussi étrange que subite.
Et l’absurdité totale de cette question, qui restera éternellement sans réponse : il est où maintenant?
La mort me rappelle l’urgence de mieux vivre ma vie.

Le temps me rattrape.
Mes rides s’allongent, plus affirmées, plus profondes.
Vieillir me rappelle l’urgence de mieux vivre ma vie.

jeudi 21 avril 2011

Sa mémoire dérive mais elle rêve d’écrire un livre…


Ma belle-mère a 86 ans et elle souffre d’Alzheimer. Depuis deux ans, sa mémoire dérive doucement et le brouillard envahit son esprit.

J’ai toujours connu Muriel comme une lectrice passionnée, grande habituée des bibliothèques publiques. Membre assidue d’un Club de lecture, elle était une lectrice zélée, exigeante et perspicace. Une lectrice comme en rêvent les auteurs. Mais au cours de la dernière année, ma belle-mère a perdu son appétit de lire. Si ce n’était de son mari qui la pousse gentiment, elle ne lirait sans doute plus du tout.

Récemment, l’une des petites-filles de Muriel lui a demandé une fabuleuse question: « Grand-mère, dans tes rêves les plus fous, qu’est-ce que tu aurais envie de faire? » Et ma belle-mère de répondre : « Écrire un livre. »

Muriel ne se souvient plus de ce qu’elle a fait hier.
Souvent, elle nous demande trois fois la même question en l’espace d’une heure.
Mais elle a envie d’écrire un livre.
Quelle merveilleuse et mystérieuse machine que l’esprit humain.