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dimanche 15 février 2015

Des chiens et des hommes, ou comment choisir nos leaders




À Yellowknife, j’ai fait ce que font tous les touristes de passage : une balade en traineau tiré par des chiens.

J’ai observé le musher tandis qu’il attachait les 12 chiens au harnais, selon un système qui semblait soigneusement planifié.  

  - Comment choisissez-vous le chien qui sera à la tête de l’attelage?   
       - Le leader, c’est le chien le plus intelligent, le plus rapide, le plus endurant et surtout, celui qui a envie d’être leader. Ce n’est pas tous les chiens qui veulent être leader, a répondu le musher.



Les hommes auraient avantage à imiter les chiens : ne choisir que les leaders les plus intelligents, les plus rapides et les plus endurants.

mercredi 11 février 2015

Quand le froid fait peur…



-    

  
- Vous n’allez pas sortir ce matin? m’a demandé, incrédule, un des résidents du bloc appartement, qui sortait au même moment que moi.

- Vous n’allez pas marcher jusqu’au Monument des pilotes ce matin? m’a demandé la caissière du dépanneur. Elle avait le ton légèrement impatient de celle qui pense « V'là encore une touriste imprudente du Sud qui ne connaît rien au Grand Nord…)

- Sortir par un temps comme ça, c’est prendre le risque de se geler les extrémités, sans s’en rendre compte, m’avait prévenue une enseignante.

Pour la première fois de ma vie, le froid m’est apparu comme un ennemi.
Pour la première fois de ma vie, le froid m’a fait peur.

J’ai marché un bloc. Puis deux.
J’ai tergiversé.
Je continue ou je retourne au chaud?
Je suis hardie? Ou poltronne?

Ce matin-là, à Yellowknife, il faisait - 25 (-39 avec le facteur vent).
Le froid faisait coller mes narines.
J’avais du frimas sur les cils.

Mais j’avais des pantalons de neige qui m’obligeaient à marcher jambes arquées, comme un cowboy du Far West.
Mais j’avais des bottes très chaudes et très lourdes, à rendre un astronaute jaloux.
Mais j’avais une parka Canada Goose, tout aussi chaude et tout aussi lourde. Avec un briquet et un rouge à lèvres dans la poche de la parka. (Prévenante Nataly…)
Bref, je n’avais pas d’excuse.
Pas de raison de faire la poltronne.
J’ai donc continué, à pas de pingouin, sur l’avenue Franklin.



J’ai bravé le Froid, avec mes narines collées et mes cils blanchis.
J’ai marché 2,5 kilomètres.
Avec la neige crissant sous mes pas.
Avec le vent brutal qui s’infiltrait sous mon cache-nez. L'insolent.
Pas un chat dans la rue, à part quelques corbeaux patibulaires.

J’ai monté en ahanant (lourdes, mes bottes d’astronaute…) la colline qui menait au Monument des pilotes.
J’avais les narines collées.
Et du frimas sur les cils.
Et le Grand lac des Esclaves (neuvième plus grand lac au monde) à mes pieds. 
      
      Une fois en haut, j’ai eu envie d’un drapeau à planter.
Victoire!
Poltronne, je ne suis pas!
J’avais les lèvres gelées et le sourire croche.
J’avais aussi de la Joie.

J’ai fait un pied de nez au Froid.
Puis je suis retournée au Chaud. 

vendredi 26 septembre 2014

Quand l’outarde fait l’autruche




Quelques impressions de mon passage cette semaine à Winnipeg, à l’occasion du Festival Livres en fête.


Quand l’outarde fait l’autruche
En ballade le long de la rivière Rouge, j’ai ri de voir les outardes faire l’autruche, en s'enfouissant le bec dans les plumes.  Je suis convaincue qu’elles font exprès, ces bernaches, de laisser leur caca d’oie au beau milieu du sentier, pour se venger des  touristes emmerdants qui les prennent en photo.


Bravo Monsieur le directeur
Avant de m’envoler vers le Manitoba, j’ai écrit à l’école Pointe-des-Chênes, à Ste-Anne, pour m’assurer que les classes avaient bien un projecteur multimédia.  Le directeur lui-même me répond et m’écrit : « On a hâte de vous recevoir chez nous. »



Lors de mon passage à son école, ce directeur a assisté à ma présentation au complet (une heure!).  En dix ans d’animations, j’ai rarement vu des directeurs d’école prendre le temps de s’asseoir et d’écouter l’auteure…  J’en ai déjà parlé ici.  Merci (et bravo!) Raymond Laflèche, de votre intérêt et votre engagement pour la promotion de la lecture. 

Bourrons les rayons
Les élèves et l’équipe d’enseignants de l’école Pointe-des-Chênes font une levée de fonds pour renflouer leur bibliothèque.  Leur objectif : 25 000$.   J’adore le nom de leur opération levée de fonds : Mission Bourrons nos Rayons




Précieuse spontanéité
Après mon animation à l’école LaVérendrye, je suis restée à placoter un peu avec l’enseignante.  Au moment où je partais,  la dame m’a dit merci et m’a serrée dans ses bras.  Les petits viennent souvent me faire des câlins après une animation alors ça ne m’étonne plus. Mais sur le coup, le geste de cette enseignante m’a surprise... et ravie. La spontanéité chez les adultes : si rare et pourtant si belle.


Walmart maintenant éditeur?
Bien des élèves s’imaginent que l’auteur publie lui-même ses livres et ne connaissent donc pas le métier d’éditeur.  J'ai donc posé la question suivante dans une classe de septième année : où est-ce que l’auteure envoie son manuscrit quand il est prêt à être publié?  Une fille lève la main et répond, le plus sérieusement du monde : Chez Walmart.


Rigoler avec sa concurrente
On ne s’était jamais rencontrée et on est en compétition pour le même prix.  Un GROS prix.  Mais ses livres m’intéressaient et je soupçonnais que derrière l’auteure se cachait une femme fascinante.  On n'habite pas la même ville et voilà qu'elle se trouvait à Winnipeg en même temps que moi. J’ai tergiversé : je l’appelle ou je l’appelle pas? Finalement, j’ai osé l’appeler.  Et elle a dit oui.  Devant un plat de pâtes aux crevettes arrosées de Merlot, on a parlé voyages, écriture, prix littéraires, tenue de gala (elle a déjà la sienne…)  Une conversation en feu roulant. Et on a rigolé comme deux écolières. Quel vif plaisir, quel cadeau inattendu que ces complicités nouées avec une auteure agitée par les mêmes doutes et les mêmes élans…  Hé, Élizabeth Turgeon, on va récidiver hein? 

Poutine record
En faisant une animation dans une école sur La plus grosse poutine du monde, on m’apprend que c’est le Manitoba (désolée le Saguenay…) qui détient désormais le record Guinness de la plus grosse poutine du monde. Ça s’est passé à Brandon, le1er juillet 2014.  Une poutine de 1 949 livres!


mardi 29 avril 2014

Élever des poussins pour pouvoir acheter des cahiers…


M. Thomas et les élèves dans la poussinière

Lorsque les enfants entrent dans l’enclos grillagé, les poussins paniqués se mettent à courir dans tous les sens. « Attention! Attention! Ne piétinez pas les poussins!», lance Monsieur Thomas aux élèves qui marchent sur la pointe des pieds dans la poussinière.

C’est qu’elles sont précieuses ces petites boules de poil. Piétiner un poulet, c’est comme piétiner ses bénéfices. Un poussin mort, c’est une poule de moins à vendre et des profits en moins pour l’école primaire de Lalane, petit village assis en bordure de l’autoroute, à une heure de Dakar, au Sénégal. Dans six semaines, ces poussins duveteux devenus des poules dodues seront en effet vendues aux familles de Lalane.
« Tous les œufs sont les mêmes, mais chaque poussin est différent. »
Proverbe africain.
Ce poulailler en milieu scolaire est l’initiative de Thomas Diop, directeur de l’école primaire de Lalane. S’il est officiellement le directeur, M. Thomas est aussi le pilier, la locomotive et l’âme de l’école. Ce soixantenaire fougueux et hyperactif ne compte ni ses heures, ni son énergie pour améliorer la situation des 450 élèves de son établissement.

Une classe à l'école de Lalane
Et les besoins sont grands, à l’école de Lalane, où il n’y a ni électricité ni eau courante. Côté hygiène, ce sont les enfants eux-mêmes qui nettoient les toilettes turques, sous la supervision du directeur.
Les toilettes de l'école sont nettoyées par les élèves, à tour de rôle
Dans les classes, on trouve un seau d’eau et une guenille devant le tableau noir. Ici encore, ce sont les élèves qui nettoient la grande ardoise. 


Un seau d'eau pour nettoyer le tableau...
Les fonds recueillis grâce à la vente des poules servent à acheter du matériel scolaire (crayons et cahiers) ainsi qu’à payer la cantine scolaire pour les enfants des familles pauvres. M. Thomas rêve grand. Il souhaiterait élever 2 ou 3 portées annuelles de 400 poussins, afin d’avoir assez de profits pour acheter des outils didactiques pour les enseignants.

Pour la première portée, M. Thomas a perdu sept poussins et a fait des bénéfices de 40 000 FCFA (un peu plus de 90 $). À la troisième portée, il n’a perdu qu’une seule poule et augmenté légèrement ses bénéfices. « On a appris de nos leçons. Et ensuite, les gens de Lalane ont vu la qualité de nos poulets », précise-t-il fièrement.

En plus de permettre aux gens du village d’acheter du poulet de bonne qualité à prix raisonnable, en plus de donner un coup de pouce aux familles d’écoliers démunis, ce projet de poulailler a une portée pédagogique importante. Comme les élèves ont la charge du poulailler, ils apprennent à nourrir les poussins, à surveiller leur croissance, à travailler en équipe et à développer leur sens des responsabilités.

« À la première portée, plusieurs poussins sont morts. Le vétérinaire a insisté sur la propreté. Maintenant, les élèves désinfectent minutieusement la poussinière. Ils remplacent régulièrement le paillis pour éviter la contagion. Car la mort de chaque poussin diminue leur profit et les enfants le comprennent très bien », explique M. Thomas.

Les élèves apprennent à ne pas écraser les poussins...
Ceux qui voudraient appuyer l’école de Lalane et acheter quelques mignons poussins, il est possible de faire un don en ligne, en cliquant ici.

vendredi 18 avril 2014

Moi et ma bosse de zébu


Les zébus m’ont toujours fascinée par leur manque total d’élégance. Au Sénégal, il m’est poussé une bosse de zébu. Personne ne la voyait, mais moi je la sentais constamment dans mon dos, laide, pesante et encombrante.

Je vais en Afrique depuis quinze ans, mais ce mois-ci, c’était la première fois que j’allais sur le continent noir comme auteure.

Auparavant, tous mes voyages en Afrique avaient eu le seul et même but : la coopération internationale. J’allais en Afrique « en mission ». J’étais payée pour aller constater de visu la pauvreté et tenter (à bien modeste échelle) d’apporter des solutions. Quand j’allais au Burkina pour un projet d’eau potable ou au Mali pour un programme d’alphabétisation des femmes, j’allais scruter la pauvreté, mais pour faire œuvre utile. Donc voyage légitime, avec mandat, responsabilité et obligation de produire un rapport au retour.

Cette fois et pour la première fois, je viens en Afrique comme auteure. Pour faire de la recherche pour mon prochain roman. Je viens ici au nom de la Littérature.

Me voici donc comme « observatrice » dans un village sénégalais, pour « étudier » la misère. Je débarque en campagne, avec mes questions, mon calepin, mes gros sabots et mon appareil photo. Je viens braquer ma loupe sur l’indigence. Je viens analyser la grosseur, l’odeur et les couleurs de la pauvreté. Je viens recueillir des « données » que je transformerai ensuite en matière romanesque.

Me voilà donc au Sénégal pour prendre, mais je n’ai rien à offrir en retour. Je ne représente plus le gouvernement canadien (surtout que « mon » ministère n’existe plus…) et je ne travaille plus pour une ONG. Je suis ici en tant qu’écrivaine. Je viens en Afrique au nom de la Littérature.

Et ce roman en chantier, que j’ai pourtant tant envie d’écrire, qui me tient à cœur depuis si longtemps, me semble soudain d’un ridicule à faire pleurer. Pour ne pas dire hautement frivole.

Et là, au Sénégal, devant le drame de cette pauvreté tranquille mais quotidienne, devant cette misère pas assez flamboyante pour faire les manchettes, il me pousse une bosse de zébu dans le dos. Une bosse qui s’appelle culpabilité.

Et le doute m’assaille.
Ça donne quoi, un roman, devant un talibé qui a des plaies ouvertes sur les jambes?
Ça donne quoi, un roman, devant une ado qui n’a jamais tenu un livre dans sa main?
Ça donne quoi, un roman, devant une mère qui n’a pas un sou pour acheter les médicaments de son enfant?

Devant l’immensité des besoins, devant la misère dans ce qu’elle a de plus fondamental (comme dans se coucher le ventre vide…), la littérature ne fait pas le poids.

D’où ma bosse de zébu. Ma bosse de culpabilité, laide, pesante et encombrante. Au moins la bosse du zébu est utile, puisqu’elle sert de réserve calorique en période de "vaches maigres". Alors que ma bosse à moi est rigoureusement inutile. Ça donne quoi, la culpabilité? Ça soulage qui?

Au bout de quelques jours, j’ai finalement réussi par trouver de quoi me rendre un peu utile au village. Aider ce jeune prof à faire son c.v. Donner un atelier sur le métier d’auteur à l’école primaire. Offrir les notes de mon atelier d’écriture au prof. Aider cette étudiante en agriculture à faire sa recherche sur le poivron. Donner des livres, des bonbons et des cordes à danser.

Ce n’était rien du tout.
Ça n’a pas fait disparaître ma bosse de zébu.

Je suis revenue du Sénégal sans avoir trouvé réponse à ce questionnement aussi absurde qu’insoluble: pourquoi consacrer autant d’énergie à la littérature quand tant de gens souffrent?

Je suis cependant revenue avec une détermination plus robuste, plus profonde : suer sang et eau pour écrire mon roman, qui sera mon modeste tribut à l’Afrique. Sera-il bon ce roman? Aucune idée. Ce dont je suis certaine par contre, c'est que j'y mettrai le meilleur de moi-même. Malgré ma bosse de zébu.