Aucun message portant le libellé Dans les écoles. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé Dans les écoles. Afficher tous les messages

lundi 9 mars 2015

« Créer, c'est vivre deux fois »


Albert Camus

Quand je fais des animations dans les écoles primaires, je reçois beaucoup de questions, des câlins, des dessins, des demandes d’autographe ou même des ordres pour écrire la suite de tel ou tel livre.

Quand je fais des animations dans une école secondaire, je repars souvent en me demandant si je les ai touchés? Est-ce que je les ai fait vibrer? M’ont-ils vraiment écoutée? Je me demande souvent si je devrais continuer de faire des animations dans les écoles secondaires. Je me demande si je sais comment vraiment rejoindre ces mystérieuses créatures que sont les ados.

J’ai cependant une lectrice, rencontrée à l’école secondaire l’Escale, à Rockland, que je revois régulièrement. Elle s’appelle Vicky Gauthier et depuis plusieurs années, elle passe me voir fidèlement au Salon du livre de l’Outaouais. Vicky n’a plus 5 ans ou 10 ans, mais elle continue d’acheter mes albums et mes romans. Avec son argent à elle. Sa loyauté me touche.

Cette année encore, Vicky était fidèle à notre rendez-vous livresque. On a placoté un peu, devant mon stand au Salon du livre de l’Outaouais. Toute fière, Vicky m’a annoncé qu’elle étudie en théâtre à l'Université d'Ottawa.

Et moi, du haut de ma sagesse d’auteure qui a survécu à une décennie de publications (venant avec l’inévitable lot d’exaltations et de déceptions…) je lui ai dit : « Bravo pour ton choix d’études! Ce n'est pas payant de travailler dans les arts, mais vis ta passion Vicky! »

Vicky m’a répondu en me citant Camus: "Créer, c'est vivre deux fois".

Ben oui, Camus! Et elle n’a même pas 20 ans!
J’ai eu envie de lui faire un câlin, comme me font les bouts de chou de maternelle quand ils ne se tiennent plus de joie après s’être fait raconter une histoire.

O.k. Vicky, juste à cause de toi, je vais continuer d’aller faire mon boniment d’auteure dans les écoles secondaires. Ne serait-ce que dans l’espoir de rencontrer d’autres jeunes, passionnés de lecture, qui me citeront du Camus.

mercredi 5 novembre 2014

Une histoire dans un sac



Chaque élève a recréé l'histoire de la "Poutine" dans un sac
Il est bel et bien lancé, le beau et grand club de lecture virtuel au nom qui fait rêver : Écouter lire le monde.  C’est parti depuis ce lundi.
360 classes inscrites!
Plus de 8 000 élèves des quatre coins de la planète, de la Zambie à la Colombie, qui échangeront sur leurs impressions de lecture.  
Si vous ne connaissez pas, courez voir, c’est ici!  

La plus grosse poutine du monde est l’un des romans sélectionnés pour ce fabuleux projet de lecture. J’en profite donc pour souligner une activité rigolote réalisée au printemps dernier par les élèves de l’école St-Thomas, à Warren, dans le nord de l’Ontario. Je suis allée faire des animations à St-Thomas lors de mon passage au Salon du livre de Sudbury.

Les élèves illustrent certains personnages, endroits ou moments du roman
Sous la gouverne de Natacha Minor, leur dynamique enseignante, les élèves ont d’abord lu le roman. Puis ils ont créé des dessins ou rassemblé divers objets pour recréer l’histoire lue… dans un sac. Les élèves ont ensuite présenté le contenu de leur sac à un autre élève, ce qui leur a permis de raconter l’histoire dans leurs mots et selon leur perception. Voilà une bien belle façon de se réapproprier un livre. De revivre les moments marquant du récit. De raconter à sa façon ce qui nous a fait rire ou nous a ému dans le roman. Côté pédagogique, c'est aussi une façon originale de renforcer ses compétences en art et en communication orale.

Future artiste?

Après avoir nourri leur imaginaire en lecture, les élèves de l’école St-Thomas ont rempli leur bedaine en cuisinant… devinez quoi?

Ils ont très hâte de se régaler!

lundi 25 août 2014

Si nous voulons que nos enfants performent, donnons-leur les outils nécessaires ! De l’importance d’avoir des bibliothèques scolaires VIVANTES !

Source de la photo:  Yves Bolduc et la bibliothèque scolaire (Tumblr)



Tel que rapporté la semaine dernière par Le Devoir,  un ministre mal informé se met les pieds dans les plats en disant des âneries (le premier ministre finira-t-il par le coiffer du bonnet d’âne?) Une bibliothécaire indignée réagit avec fougue et éloquence. Merci Brigitte Moreau, de ton ardeur et de ton engagement à défendre la lecture chez les jeunes. Lisez jusqu’au bout le plaidoyer de Brigitte Moreau : il montre l’importance cruciale d’offrir aux enfants des bibliothèques de qualité. 
                                                                       ****************
  


Je suis bibliothécaire scolaire depuis plus de 20 ans, je travaille actuellement dans une commission scolaire et je suis membre du Conseil consultatif de la lecture et du livre relevant du Ministère de la Culture et des communications. J'ai connu les années de disette qui ont conduit tout le réseau des bibliothèques scolaires dans un pitoyable état de famine par manque de ressources tant en livres qu'en personnel documentaire spécialisé. Depuis la création du Plan d'action sur la lecture en 2004, j'ai vu le retour lent, mais progressif, vers la réhabilitation des bibliothèques scolaires. Cependant le but est loin d'être atteint et le travail qui reste à faire demeure colossal!

Des propos inquiétants
N'oublions pas que la majorité des enfants n'ont accès aux livres que par leur bibliothèque scolaire, limiter cet accès en recommençant à en réduire la capacité et la qualité de son offre est une décision qui privera une grande proportion d'enfants à l'usage et la découverte d'une diversité littéraire et documentaire indispensable dans la construction de leur identité et dans le soutien de leurs apprentissages scolaires. Les propos du ministre de l'éducation sont sérieusement inquiétants et démontrent de façon éloquente l'ampleur de sa méconnaissance du milieu éducatif.

La bibliothèque doit demeurer vivante
S'affranchir d'acheter des livres pour une bibliothèque scolaire, ne serait-ce que d'une année, est une décision hautement dommageable sur le dynamisme et l'actualisation de son fonds documentaire et littéraire. Par exemple, pour demeurer "vivante" la bibliothèque de l'école a besoin de maintenir à jour les suites des séries dont les enfants raffolent et attendent avec impatience, ce qui, conséquemment, les maintient en état du désir de lire. Rater un tel rendez-vous avec eux c'est tuer dans l'œuf le germe d'une volonté de lire qui balise l'apprentissage de la lecture. C'est aussi signifier aux enfants que leurs attentes ne sont pas suffisamment importantes pour être dignes de considération!



La bibliothèque scolaire n’est pas un musée !
D'autant plus que tous les livres ne sont pas intemporels, on ne peut pas être fier d'offrir aux enfants des livres qui datent de 20 ans, comme le soutient le ministre, pour plusieurs raisons qui vont de la détérioration physique du livre à la désuétude de son contenu, tant au niveau informatif que culturel. Pour demeurer attrayants, attirer et maintenir les enfants dans le désir d'apprendre à lire et d'aimer lire, les livres doivent correspondre à leurs attentes et être en adéquation avec leur réalité. Pour que les enfants puissent comprendre ce qu'ils lisent et construire leur identité, ils doivent pouvoir faire des liens avec les connaissances qu'ils ont d'eux-mêmes et du monde qui les entoure. Les enfants ne se reconnaissent pas dans les livres qui datent des calendes grecques. La bibliothèque scolaire n'est ni un musée ni un centre d'archives! Même les classiques ont aussi besoin d'une cure de rajeunissement régulière pour maintenir le désir de les lire : la dynamique de la mise en page est déterminante dans la motivation (l'engagement) d'un enfant à persévérer dans sa lecture, déterminante aussi dans sa compréhension. Il en va de même pour les illustrations qui s'inscrivent dans le temps; elles sont des marqueurs culturels indispensables pour la construction d'une identité culturelle et sociale.

Les Indiens ne sont pas des sauvages
Mais il n'y a pas que la littérature de fiction qui doit être actualisée, les documentaires ou livres informatifs où les enfants puisent des connaissances et s'initient à la recherche d'informations doivent être à jour. La qualité des informations de ces livres "s'use » avec le temps. Les enfants ne lisent pas des essais philosophiques qui traversent le cours des siècles, ils lisent pour apprendre et comprendre le monde qui les entoure. Mais que peut-on espérer d'une instruction faite à partir d'informations périmées? Veut-on que nos enfants apprennent que les Indiens sont des sauvages, que Pluton est une planète, que l'URSS est le plus grand pays du monde, que Riopelle est l'unique peintre du Québec? Ou encore que les livres sur les ours polaires qui datent d'une autre génération ne soient pas remplacés sous prétexte qu'un ours ne change pas? Pourtant son habitat, lui, change et la fonte des glaces menace la survie de l'espèce, voilà où un livre qui date trouvera ses limites même pour des sujets qui semblent stables de prime abord.

N’offrons pas la médiocrité aux enfants…
Faire le choix de ne plus investir dans l'acquisition de livres récents et actuels, peu importe le sujet ou le genre, c'est choisir délibérément la médiocrité pour les enfants sous prétexte qu'ils ne sont que des enfants. C'est avoir une conception erronée et à courte vue de la raison d'être des livres : instruire. Même la lecture de fiction contribue à éduquer. Elle permet de mettre en contexte des situations complexes qui rendent compréhensibles les interactions humaines.

C’est le moment ou jamais de rattraper toutes ces années perdues
À l'école, on ne fait pas seulement que chercher à développer le goût de lire, on travaille surtout sur l'apprentissage de la lecture, à développer des lecteurs pour la vie qui seront aptes à s'épanouir dans la société du savoir et de l'information qui caractérise notre époque. Si l'école a failli à la tâche ces dernières décennies, c'est peut-être justement parce que nous avions négligé, à une certaine époque, l'essentielle contribution des bibliothèques d'écoles gérées par des bibliothécaires scolaires à cet égard: nous avions alors choisi de les laisser dépérir. Ce serait absurde de retourner en arrière au moment même où nous sommes en position de rattraper tant d'années perdues.



Allez gagner la coupe Stanley avec votre vieux bâton…
Choisir de ne plus acheter de livres régulièrement dans nos bibliothèques d'école signifie de refuser d'outiller adéquatement les élèves dans leurs apprentissages, ni soutenir les enseignants dans leur enseignement. Ce serait comme exiger des joueurs de hockey professionnels de gagner la coupe Stanley en utilisant toujours les mêmes bâtons et en réparant ceux cassés par du ruban adhésif sous prétexte que les bâtons coûtent cher. Sans outil adéquat, on ne peut espérer, ni encore moins exiger, la performance. Le problème en lecture au Québec, c'est que nous sommes bien loin d'une quelconque performance dans une société qui compte 49% d'analphabètes fonctionnels! Nous n'avons pas le choix! L'art d'être cohérent svp! Si nous voulons que nos enfants performent, donnons-leur les outils, le soutien nécessaire et les contextes favorables pour y arriver!

Ces coupures affecteront directement les élèves
Le gouvernement avait promis que les coupures budgétaires dans les commissions scolaires n'affecteraient pas le service direct à l'élève. Ce même gouvernement avait promis de la rigueur, mais jusqu'à maintenant, ce sont la démagogie et les déclarations intempestives qui ont dominé les discours d'une trop grande majorité d'élus dont plusieurs au pouvoir.

Brigitte Moreau, bibliothécaire scolaire
Région de Montréal


vendredi 8 novembre 2013

Écouter Lire le Monde





Vous prenez des classes aux quatre coins de la planète.  Vous leur donnez à toutes le même livre  à lire. Puis vous les branchez sur le web, où ils partagent leurs impressions  pendant et après la lecture du livre.  Ça donne quoi?  Ça donne une initiative fabuleuse, rassembleuse, gratuite, à la fine pointe et ouverte sur les autres.  Ça donne un projet au nom enchanteur :   Écouter Lire le Monde.

Grâce à cette initiative menée par une équipe de bénévoles et d’ardents passeurs de livres,  des enfants de différentes cultures et de différents horizons sont réunis dans un club de lecture virtuel, un magnifique cercle de lecture à la grandeur de la planète.  Tout ça grâce à la magie du web mode 2.0 qui fait sauter les frontières.

Le but du projet est simple : stimuler les échanges et le goût de lire chez les jeunes, en leur permettant d’échanger leurs idées et opinions avec des enfants d’ailleurs. Car comme le souligne la vivifiante devise du projet : PLUS ON EST DE FOUS, PLUS ON LIT!

Inspiré d’une initiative conçue par une enseignante du Wisconsin,  le Global Read Aloud Project,  le projet Écouter Lire le Monde a connu une première édition modeste en 2011 : une quarantaine de classes de partout dans le monde.  Pour la deuxième édition,  200 classes ont participé.  Et la troisième édition, qui commence la semaine prochaine, rassemble plus de 350 classes et près de 8000 élèves sur 4 continents!

La liste des participants m’épate.   Il y a des écoles de partout :  Trois-Rivières,  Marseille, Jasper, Eugene (en Oregon, oui madame), Bergen (au Pays-Bas),  Vancouver,  Winnipeg,  Terrebonne, Sudbury,  Saint-Moïse,  Garges-les-Gonesse (quel nom fabuleux pour cette  banlieue de Paris) et, comble de l’exotisme,  Dembeni,  dans les iles Comores.

Grâce aux TIC,  les classes participantes utiliseront  Facebook, Skype, le Wiki, Twitter ou le simple courriel, pour s’échanger des dessins, des enregistrements audio ou vidéo, des tweets, des blogues, ou des lettres par courriel.  Selon les désirs, les intérêts et les habiletés de chacun.

Pour les enseignants qui voudraient encore s’inscrire,  faite vite, cliquer ici.    

Je suis doublement honorée, car plusieurs de mes livres ont été choisis, pour cette troisième édition de Écouter Lire le Monde

Les élèves de 7 à 9 ans liront Où sont passés les zippopos, un roman qui tourne autour d’une histoire d’amitié, une amitié qui dure depuis plus de 30 ans, entre un petit village de Lanaudière et un petit village du Mali.

Quant aux 7 ans et moins, ils liront quatre de mes albums, ce qui leur permettra de courir dans la jungle avec Bonobo, d’admirer les pirouettes des mouettes sur une plage en Asie, de découvrir quel est le pire endroit pour perdre son maillot de bain et de rire de l’ours qui ronfle et qui pète sous le lit de Loulou.