mercredi 3 octobre 2012

« Un jour, ils entendront mes silences »




Certains romans sont des cris du cœur.  Des cris feutrés, subtils, parfois lyriques, mais cris tout de même.  Ces cris, je les entendais tout au fil de ma lecture du roman de Marie-Josée Martin. Beau paradoxe, ce roman qui ressemble à un long cri s’intitule  Un jour, ils entendront mes silences.
J’en ai parlé aux Divines Tentations samedi dernier.

Ce livre nous ramène à un épisode tragique et complexe de l’histoire canadienne : le drame de Robert Latimer, ce fermier de la Saskatchewan, qui a tué sa fille en 1993 par empoisonnement à l'oxyde de carbone. Lourdement handicapée par une paralysie cérébrale, Tracy, 12 ans, ne pouvait parler, ni marcher, ni manger par elle-même.  Le procès Latimer a suscité un long débat (toujours pas réglé…) sur l'euthanasie au Canada.

Avec ce roman,  on a l’impression que Marie-Josée Martin, donne une voix à Tracy, la fille de Latimer.  Corinne, qui est le personnage principal et la narratrice, souffre elle aussi de paralysie cérébrale. Comme la fille de Latimer, elle vit dans la douleur et doit supporter de nombreuses  chirurgies… .  Comme la fille de Latimer, elle peut à peine bouger et ne parle pas.

Ce qui rend le roman fascinant - et déchirant aussi - c’est que Corinne a les facultés mentales d’une enfant normale. Elle comprend tout ce qui se passe autour d’elle, même si ses parents, eux, la sous-estiment et ne savent pas à quel point elle saisit tout ce qui se dit sur son compte… 

On voit donc la vie ici à travers les yeux de cette fillette très handicapée.  On la voit dans sa relation tendre et fusionnelle avec sa mère, qui se dévoue corps et âme pour sa fille,  au détriment d’ailleurs de ses deux autres enfants.  Malgré son dévouement,  la mère éprouve des sentiments contradictoires : d’abord cette culpabilité qui la mine. Puis cette partie d’elle-même qui se retient de trop s’attacher à son enfant au corps si cassé,  par peur de souffrir, car elle sait que sa fille risque de mourir à n’importe quel moment.

"Que quelqu’un t’aime assez pour te suicider à ta place"
Perspicace, Corinne sent aussi  (cruellement) les réticences de son père, qui l'aime sans l’accepter telle qu'elle est.  « Je ressens la brûlure de tous les baisers que m’a refusés mon père », dit-elle.  Ce fermier a d’ailleurs pour son enfant l’une des déclarations les plus bouleversantes du roman : « Ton seul espoir, c’est que quelqu’un t’aime assez pour te suicider à ta place. »  

Corinne, qui a 12 ans vers la fin du roman, est très lucide, ce qui la rend encore plus malheureuse. Elle voit bien que son existence même crée une tension constante entre ses parents, un poids énorme pour toute sa famille.  La fillette sent que la vie de ses proches serait plus simple si elle mourait, mais elle garde quand même une forte envie de vivre. 

Conjugué en mode tragique,  ce livre offre aussi des éclaircies, des moments lumineux: le bonheur de l’enfant quand sa mère la fait danser dans son fauteuil roulant,  son plaisir de boire un chocolat chaud devant un feu de bois, sa joie d’observer les oiseaux, etc.  

Nous voici donc devant un roman dans la veine réaliste, avec une description sobre, mais jamais misérabiliste, des défis et des déchirements d’une famille aux prises avec un enfant lourdement handicapé.  Marie-France Martin rend la voix de la petite fille de façon authentique et tout à fait crédible.  On sent qu’elle a beaucoup retravaillé et longuement muri son livre. L’auteure présente un sujet complexe, avec beaucoup de finesse et de nuances, dans une langue élégante, qui flirte avec la poésie. Voilà un admirable « roman cri » qui mérite qu’on lui prête oreille. 

Un jour, ils entendront mes silences, Marie-Josée Martin, Éditions David, 210 pages.

vendredi 28 septembre 2012

Je prendrai soin de ne pas me pâmer pour une feuille au vent




« De plus en plus de critiques sont en fait «des résumeurs et des gens qui se pâment pour une feuille au vent». »     Vraiment pas piquée des vers cette déclaration du critique de poésie au Devoir, Hugues Corriveau, lors d’une entrevue accordée récemment à une blogueuse.


Je recommence ma saison de critique littéraire ce samedi, à Radio-Canada.  Dans le cadre de l’émission Divines Tentations, j’ai trois minutes pour présenter un livre, donner les grandes lignes de l’intrigue, commenter les personnages, le style, l’ambiance, les thèmes, le ton, le rythme, etc. S’il me reste quelques secondes et un peu de salive, je pourrai aussi dire quelques mots sur l’auteur.  Tout ça avec enthousiasme, nuances et élégance. Tout ça sans tomber dans le dénigrement gratuit ou la flagornerie. Tout ça en trois minutes.

Moi qui suis mille fois plus à l’aise avec un stylo (à l’écrit) que devant un micro (à l’oral), j’essaie, en toute humilité, de faire connaître les bons livres. J’essaie surtout – mon Graal à moi   de donner le goût de lire.

Pour lire l’excellente série de Catherine Voyer-Léger sur le métier de critique,  c’est par ici.

mardi 25 septembre 2012

Virelangue pour célébrer le français!




Illustration: Marie-Ève Tremblay
 
C’est aujourd’hui le Jour des Franco-Ontariens et des Franco-Ontariennes.
Bonne fête à tous les Francos!
Pour souligner l’occasion, voici mon virelangue: 

C’est fantastique de faire partie de la grande famille franco-ontarienne et de parler fièrement le français ; alors je défends farouchement ma langue fabuleuse et, je le confesse franchement, j’enverrai flotter dans le fossé le premier farceur qui affirmera faussement que le français est un fardeau fatigant.

Qui peut dire cette phrase sans reprendre son souffle?

Virelangue tiré de mon nouveau livre, À la découverte de l’Ontario français.

dimanche 23 septembre 2012

C'est épuisant de ne PAS écrire...




“Ne pas écrire est sans doute la profession la plus épuisante que je connaisse.  C’est crevant psychologiquement de ne pas écrire, surtout si vous devriez être en train d’écrire… »


mardi 18 septembre 2012

C’est le français que l’on aime chez nous!



N’est-ce pas qu’ils sont beaux ces enfants avec  leurs sourires guillerets, leur énergie sautillante,  leur air tour à tour solennel et coquin! 

Ces élèves de l’école Saint-François-d'Assise, à Ottawa, ont passé plusieurs de leurs récréations du midi à pratiquer cette chanson.  Merci à leur maître de chorale,  Denis Saumure,  un prof dynamique et engagé. 

Si la mélodie de la chanson est connue, les paroles le sont moins....
Elles sont d'une obscure auteure nommée Andrée Poulin.
Cette chanson a été publiée dans le documentaire À la découverte de l'Ontario français.

Merci à Jean Poulin pour le montage de la vidéo.