dimanche 11 novembre 2012

Je lui aurais donné le Goncourt moi à Tierno Monénembo






J’aurais tellement – TELLEMENT!!! – voulu que ce roman rafle le Goncourt, pour  lequel il se trouvait en nomination. Il le mérite tellement – TELLEMENT! 

Voilà donc le dixième roman de Tierno Monénembo, écrivain d’origine guinéenne. Dès les deux premières pages, je savais que j’aurais affaire à une lecture mémorable. Que j’allais me forcer à ralentir pour mieux savourer la prose de ce Monsieur Monénembo (je verrais bien ce nom pour un personnage de roman!)

Il s’agit de l’histoire vraie mais romancée d’Addi Bâ,  un Guinéen qui a mis sur pied un des premiers maquis de la Lorraine, en France, durant la Deuxième Guerre mondiale.  Tout ce qu’on souhaite dans un roman se trouve dans ce roman : héros inoubliable, du drame en quantité, de l’humour à revendre, des images fortes, une façon inimitable de raconter!  Voilà donc un superbe livre hommage à tous ces Africains qui ont combattu pour la France durant la grande Guerre.  Comme le souligne l’auteur, ces tirailleurs sénégalais ont servi de chairs à canon et après la guerre, la France les a renvoyé « dans leur brousse avec coup de pied au cul, les poumons en sang et les jambes en moins. »   
Souvent désopilant, tout aussi souvent déchirant, ce roman nous reste longtemps en tête. Cher Monsieur Monénembo, vous gagnez mon Goncourt à moi!  

Le Terroriste noir, Tierno Monénembo.  Seuil. 226 pages.  

J'en ai parlé ce samedi aux DivinesTentations.  Pour écouter la chronique, c'est ici.
 

Rien ne me réjouit plus qu’un héros antipathique.  Car la littérature nous donne trop – beaucoup trop – de ces protagonistes parfaits, beaux, lisses et bien-pensants.  C’est pas ça la vraie vie…
Dans son nouveau roman,  Salut mon oncle!  Marie-Paule Villeneuve a l’audace de créer un héros antipathique.  Son Edgar est obèse, chauve, grincheux et  misanthrope.  Heureusement, il est drôle. C’est que ce gros grognon manie le sarcasme et l’ironie avec grande habileté.  Paradoxalement, son humour mordant le rend plutôt attachant.

Surtout  connue pour ses romans historiques  (L’Enfant cigarier, Les demoiselles aux allumettes,  Marie-Paule Villeneuve, mon ancienne collègue au  journal Le Droit, offre ici un roman contemporain, qui se déroule en 2008.  Elle nous présente un conflit des générations entre le baby-boomer cynique (le vieil oncle) confronté au jeune homosexuel idéaliste (son neveu de 19 ans). Imaginez les étincelles!  Truffé de dialogues humoristiques et d’anecdotes comiques, cette critique sociale assez acerbe se déguste aisément.   Bien que ce roman ne soit pas léger  (il y a de la chair dans l’intrigue et dans le propos), on y passe un moment fort divertissant. 


Salut mon oncle! Marie-Paule Villeneuve, Triptyque, 320 pages. 

J'en ai parlé ce samedi aux DivinesTentations.   Pour écouter la chronique, c'est ici.


jeudi 8 novembre 2012

Quels sont vos bruits de bouche lorsque vous dégustez des crottes de fromage fraîches?



 Illustration de Marie-Ève Tremblay,  tirée de mon abécédaire À la recherche de l’Ontario français


J’ai posté sur ma page Facebook une question bien banale,  toute innocente. J’ai été étonnée (et joliment amusée) par le déluge de réponses.  42 commentaires! 
Étant en pleine rédaction d'un roman intitulé La plus grosse poutine du monde, je me demandais comment décrire les bruits de bouche quand on mange des crottes de fromage très fraîches.  Après avoir reçu des tas de réponses, j’étais encore plus perplexe qu’avant de poser la question. On m’a présenté tellement d'onomatopées différentes que je ne sais plus laquelle choisir...
Pour vous faire rigoler, voici un échantillon des réponses : 
  •            Une poutine, ça fait scouiche-scouiche...
  •        Je vote aussi pour scouiche-scouiche!
  •        Enfin, quelqu'un qui se sert des moyens modernes de communication pour explorer les choses importantes de la vie!
  •          Ouais... Scouiche. Ça me donne le goût. 
  •          Je crois que c'est plus schirumph, schirumph...
  •          C'est plutôt le rot après qui est important   (de mon neveu irrévérencieux)
  •          Scouiche-scouiche. Je viens de vérifier de vive bouche.
  •          Ta question soulève un doute: as-tu au moins déjà mangé une poutine? (d’une amie auteure qui devrait pourtant connaître mon attrait pour le junkfood)
  •          Pour moi, c'est certain que c'est scouiche scouiche!
  •          Pour moi skouik skouik.
  •          Jamais mangé poutine. Mais au Saguenay, avec fromage Boivin, on dirait certainement quick- quick.
  •          Scouic scouic! Quick quick, je me méfierais de la qualité du fromage!
  •          skouiK, skouik, sans aucune hésitation
  •          Ça dépend dans quelle langue tu manges les crottes. En français je dirai couic couic, mais je suis anglophone et les crottes me parlent autrement.
  •      la différence entre le scouiche et le scouik, c'est le son de la patate noyée dans la sauce, à la fin
  •          Donc, la poutine montréalaise a trop de sauce!
  •          Ah ben là... Allons-nous partir un débat sur la poutine montréalaise vs la poutine trifluvienne? En fait, les meilleures poutines sont dans les centres de ski...
  •  On peut dire que la vraie poutine vient de Warwick (même si les gens de Victo et de Drummond se font la guerre à ce sujet).. Warwick. scouick?
  • Moi je viens du Saguenay moi aussi et oui, cela fait quick-quick. Maintenant à St-Hyacinthe, on cherche le Boivin, mais je trouve que cela fait encore quick-quick (avec du Perron égrainé)...
  • Moi, j'entends un "n" dedans... scouinch scouinch. Me semble que le "n" est important pour déterminer la fraîcheur du produit!!!
  • Souache, souache ?... La bouche pleine !  (d’un écrivain-historien)
  • Bien jolies toutes ces onomatopées, mais vous oubliez le ¨scrouch¨ des frites et le ¨slurp¨ de la sauce ...
  • Moi je dirais, schouick ou schuick
  • Schouick schouick ici aussi, ça me donne faim
  • Couic couic
  • C'est exactement le même bruit que lorsqu'on mange des élastiques de maillot de bain! :) 
  • Next time you go shopping, check the St. Albert curds. The have the sound they make when eating them written in French and English.  It is not the same, I guess French and English people taste curds differently.


lundi 5 novembre 2012

Une maman peut soulever des montagnes pour ses enfants



J’aurais voulu rencontrer la maman de Lina et Driss.  Je l’imagine avec un regard lumineux et un sourire spontané, la maman de Lina et Driss.  Comble de malchance, j’ai dû quitter la bibliothèque Parc-Extension, à Montréal, une demi-heure avant le lancement d’un bel abécédaire,  dans lequel  la maman de Lina et Driss signe un texte émouvant.

Au printemps dernier, lors d'ateliers offerts en bibliothèque, des parents immigrants venus des quatre coins du globe ont participé à la conception de cet abécédaire de la fierté, joliment intitulé Nos enfants de A à Z. Après avoir choisi une lettre au hasard, chaque participant a trouvé un mot débutant par cette lettre et rédigé ensuite un court texte en lien avec son enfant.  L’illustrissime illustrateur, Philippe Béha a ensuite mis en images chaque phrase imaginée par les parents, avec la verve et l’humour qu’on lui connait.

Coordonné par Louise-France Beaulieu, une bibliothécaire enthousiaste, ce projet de francisation etd'intégration culturelle allie originalité et créativité.  N’est-ce pas que voilà un beau moyen de créer des liens, de sortir les nouveaux venus de leur isolement, de permettre à des parents d’offrir un cadeau unique à leur enfant?  S’il y a des bibliothécaires qui lisent ceci,  n’hésitez surtout pas à copier la formule! Et les enseignants aussi, car ce projet tout simple peut facilement être reproduit, à petite échelle, dans une classe. 


Les roses et le rat
Aisha Jabeen, maman d’Eman et Aayan, a hérité de la lettre R.  Elle a choisi de parler de roses et de rat.  « Nous avons visité un parc. Je suis restée là pendant une heure avec mes enfants. Ils ont vu beaucoup de ROSES là-bas. Ils ont un vu un rat dans les buissons. Ils étaient très heureux.  Nous sommes retournés à la maison le soir », écrit-elle dans l’abécédaire. 


La maman de Lina et Driss, qui s’appelle Samira Mrad, a hérité de la lettre E.   Son texte, qui parle d’énergie, est d’une simplicité et d’une authenticité attendrissante.   Samira Mrad a écrit : « Je puise mon ÉNERGIE dans les yeux brillants d’amour de mes enfants quand ils me regardent. Quand je suis fatiguée, il suffit que l’un d’eux me dise « maman je t’aime » pour que je retrouve toute mon énergie et que je me sente capable de soulever des montagnes pour eux. »

Ceux qui ont envie de lire Nos enfants de A à Z peuvent emprunter un exemplaire dans le réseau des bibliothèques de la Ville de Montréal.