
Je ne vais pas vous parler du bleu envoûtant de la mer à Cuba.
Je ne vais pas vous parler de la douceur du sable fin des plages de Cuba.
Je ne vais pas vous parler de la formidable fraîcheur acidulée du mojito, ce célébrissime cocktail cubain.
Je ne vais pas vous parler de la beauté sensuelle des Cubaines et du sex appeal des Cubains.
Non.
Je vais vous parler des Dames Pipi que j’ai vues à Cuba.
45$ du rouleau
Dans les toilettes publiques du petit centre commercial de Varadero, la Dame Pipi était en fait un Homme Pipi. Un gros costaud basané, qui parlait fort avec d’autres costauds basanés. Il tenait un rouleau de papier de toilette dans sa main. Quand il a vu que je me dirigeais vers la toilette des femmes, il a vivement déroulé son rouleau de papier de toilette et m’a tendu une longue bande de papier, tout chiffonné. Ça m’a coûté 1.50$ pour 5 carrés de papel hygienico. À ce prix là, ça doit faire 45$ le rouleau de papier cul…
Mieux payée qu’un prof d’université
Dans un sympathique resto de la vieille Havane, la Dame Pipi ressemblait à une mariée quincagénaire. Elle avait des cheveux blancs, une blouse blanche et une jupe blanche. Assise très droite sur sa petite chaise, postée devant la salle de bain des femmes, la Dame Pipi avait une allure proprette et distinguée. Ses morceaux de papier de toilette étaient méticuleusement séparés, pliés et alignés dans une soucoupe (blanche aussi) posée sur une tablette à ses pieds. Comme je n’avais pas de piécette à lui donner, je suis retournée à ma table pour demander de la monnaie à mon chum. L’amie cubaine qui nous accompagnait est professeur à l’Université de la Havane. Elle m’a dit, d’une voix où pointait une note de dépit: « Elle gagne sans doute plus que moi. »
Cocottes caquetantes
Sur la plage, à Varadero, les toilettes publiques sont de petits cabanons de bois peints dans des couleurs bonbons : rose, vert lime. Il n’y a pas de Dame Pipi devant ces cabanons. Rien qu’une foule de poules affairées. Une cohue de cocottes caquetantes qui s’en fichent qu’il n’y ait plus le moindre petit morceau de papel hygienico dans le cabanon.
Vider la cuvette à la dure
Au terminus de la Havane, où nous avons attendu trois heures un autobus qui n’est jamais venu (notre Godot à nous durant cette journée plus qu’absurde…), la Dame Pipi était à bout de souffle. Le visage rouge, la queue de chemise sortie, elle courait sans cesse entre la salle de bain des hommes et celle des femmes. Pour une raison mystérieuse, il n’y avait pas d’eau courante chez les femmes alors qu'il y en avait chez les hommes. Impossible d’actionner la chasse d’eau pour faire disparaitre son numéro 1... ou son numéro 2... La pauvre Dame Pipi devait donc remplir sa chaudière d’eau d’un côté pour ensuite aller la vider dans les cuvettes des toilettes des femmes.
Elle avait l’air épuisée.
Écoeurée.
J’ai déposé toute ma monnaie dans sa soucoupe.
J’aurais voulu lui offrir une chaise.
Un mojito bien frais.
Une journée à la plage.
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