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vendredi 28 août 2009

Il a défié les blindés


Cette photo de l’Américain Jeff Widener, de l'Associated Press, a fait la une de nombreux journaux et magazines à l'époque.

Durant mon périple de 33 jours en Chine, ma plus forte envie d’écrire est venue sur la place Tiananmen, à Beijing. Celui qui m’a inspiré ce désir intense de prendre la plume et de créer n’a pas de nom. Enfin, personne ne connaît son nom. On l’a surnommé le « Rebelle inconnu » ou « Tank Man ».

Je reprends ici les grandes lignes de son histoire qui est passée à l’Histoire. Une histoire qui date de vingt ans déjà, mais qui a une telle charge dramatique et symbolique qu’elle mérite d’être racontée encore et pour longtemps.

Commençons par le sang, qui n’est pas le vrai début, mais remonter au vrai début serait trop long. Il faudrait des milliers de pages pour expliquer le ras-le-bol des étudiants et des ouvriers chinois, en 1989, lors de ce qu’on a appelé le printemps de Pékin.

Le sang est une sorte de début, car dès que le sang a coulé, dès qu’il y a eu des morts, l’Occident a illico tourné son projecteur sur la Chine et la planète entière a vu ce qui s’est passé sur la place Tiananmen. Des milliers d’étudiants y manifestaient depuis plusieurs semaines, réclamant moins de corruption et plus de démocratie, à grands coups de discours enflammés.

Le 4 juin, le gouvernement chinois, peu versé dans le compromis et la négociation, a envoyé l’Armée populaire de la libération afin de disperser les manifestants. Les soldats ont tiré à la mitraillette sur les étudiants, les ouvriers, les médecins et même des enfants. On a su plus tard que plusieurs avaient été tirés dans le dos. Ce qu’on ne saura sans doute jamais, c’est le bilan réel des morts. Selon la version officielle du Parti communiste, il y aurait eu 300 morts. D’autres sources parlent de quelques milliers.

Le lendemain du massacre, donc le 5 juin 1989, vers midi, une colonne de chars d’assaut s’apprête à quitter la place Tiananmen. Un jeune homme en chemise blanche s’avance et se place devant les blindés. Le char de tête tente plusieurs fois de contourner le Rebelle Inconnu mais il se déplace à chaque fois pour leur bloquer la route.

Le jeune résistant grimpe sur le dessus du char de tête et s’adresse à un des soldats. On ne sait pas au juste ce qu’il dit car les versions varient : «Ma ville est en chaos à cause de vous », « Faites demi-tour et arrêtez de tuer mon peuple » « Partez ».

Finalement, quelques personnes empoignent Tank Man et le font disparaître dans la foule. Des photographes ont filmés l’événement, qui est aussitôt diffusé dans les salons du monde entier.



Aux quatre coins du globe, on admire le courage de ce jeune homme qui a risqué sa vie pour tenir tête à l’armée. Il savait qu'il n'avait aucune chance de faire céder le gouvernement, ni même de faire reculer la colonne de blindés. Mais il les a tout de même défiés, par CONVICTION. L'image de cet incident est encore aujourd’hui couramment utilisée pour symboliser la force de la non-violence face à la répression armée.

Qu’est-il advenu du Rebelle Inconnu? On ne sait pas. Certains médias ont dit qu’il avait été exécuté quelques jours après les événements. D’autres disent qu'il est toujours vivant et se cache quelque part en Chine. Un an après le massacre de Tiananmen, des journalistes américains ont demandé au leader Jiang Zemin ce qui était survenu du jeune homme qui avait défié les blindés. Il a répondu: "I think never killed."

En marchant sur la place Tiananmen, en juillet dernier, je n’arrêtais pas de penser à ce Rebelle Inconnu. Vivait-il encore? Si oui, que faisait-il? Comment se remet-on d’un tel acte? Avait-il encore peur? Savait-il que le monde entier admirait son geste et qu’on en parlait encore (dans les médias occidentaux, pas en Chine où les événements de Tiananmen restent tabous) vingt ans plus tard?

Pendant plusieurs jours, mes pensées tournaient fébrilement autour de cette histoire. J’avais envie d’écrire sur Tank Man. J’esquissais dans ma tête des plans pour une nouvelle, puis un long poème et pourquoi pas un roman? Je ne savais trop sur quel genre m’arrêter mais je voulais pondre un texte qui stimulerait l’intellect, chaufferait les émotions en plus de montrer l’importance et la beauté de la résistance.

Un mois plus tard, ma pulsion d’écrire sur le sujet s’est affaiblie. D'autant plus qu'en fouillant, j'ai découvert que d'autres avaient déjà écrit sur cette question. En plus, j’ai déjà tellement de projets d’écriture en chantier. En toute lucidité, ce ne serait pas réaliste de me lancer dans une autre initiative, surtout sur un sujet aussi complexe et ambitieux.

D’où cette entrée de carnet ce matin. Si le Rebelle Inconnu vit toujours, je sais qu’il ne me lira pas. Ça ne diminue pas mon désir de saluer bien bas son geste valeureux. Si le Rebelle Inconnu a été exécuté, que mon texte soit un humble hommage à sa mémoire et à sa bravoure inspirante.

Avec ce texte prend fin ma série (du moins pour le moment) des Images et impressions de Chine. La semaine prochaine, retour à des sujets plus variés…

mardi 25 août 2009

Interdiction de porter du rouge à lèvre


C’était un dimanche radieux à Hong Kong. Une pluie fine avait tout lavé, l’air était frais et les gratte-ciel fringants. Après trois semaines à bourlinguer sur la Chine continentale, nous arrivions à la fin de notre voyage. L’Empire du milieu me semblait moins épeurant, plus accueillant. Mes filles étaient joyeuses à l’idée de rentrer. Moi je me sentais forte d’avoir survécu à cette expédition sans trop d’égratignures ou de déboires. Notre périple n’était pas encore terminé mais j’avais un sentiment d’accomplissement, l’impression d’avoir remporté une série de petites victoires (sur moi-même, sur le hasard, sur les aléas du voyage). Bref, je flottais sur un léger nuage d’euphorie de fin de voyage.

Donc, par ce superbe dimanche matin, un ami chinois nous fait visiter Hong Kong. Nous arrivons devant le célèbre de la banque de Hong Kong, décrit comme le chef d’œuvre incontesté de l’architecte britannique Normand Foster. Cet étonnant gratte-ciel (qui serait l’édifice le plus coûteux du 20e siècle) est juché sur des pylônes permettant de marcher directement dessous.

L’ami chinois nous montre la foule de femmes rassemblées sous l’édifice de la banque et nous explique que ce sont des « Filipinos », qui travaillent à Hong Kong comme domestiques. Comme le dimanche est leur seul jour de congé de la semaine, comme elles n’ont pas d’endroit où aller, elles apportent leur lunch et viennent manger avec leurs compatriotes des Philippines.

À Hong Kong, avoir une bonne des Philippines est signe de prestige, au même titre qu’une Mercédès, une montre suisse, des vins français ou des fringues griffées Dior. Selon cette auteure, qui a écrit un bouquin sur les domestiques « Filipinos », elles sont environ 150 000 à Hong Kong à travailler comme bonnes ou nounous pour les Chinois. Elles triment dans des conditions difficiles, certaines étant soumises à des restrictions sévères (interdiction de porter du rouge à lèvre) ou même à de l’abus physique.

Quelle ironie dans l’image de cette foule de bonnes des Philippines, rassemblées sous un des édifices les plus chers au monde, pour manger leurs nouilles réchauffées... Dans cette Chine qui se dit communiste (et dont l’un des principaux principes devrait être de combattre l’exploitation de l’homme par l’homme), ces bonnes Filipinos montrent que l’on nage dans l’inégalité sociale la plus flagrante…

Dans les années 20, ma grand-mère Poulin a quitté son village de campagne pour aller travailler à Ottawa comme servante dans une famille riche. Elle avait 14 ans à son arrivée dans la « grande » ville. Le dimanche, son seul jour de congé, elle se sentait tellement seule qu’elle allait pleurer à l’église. Combien sont-elles de Filipinos à pleurer, le dimanche, à l’ombre de la banque de Hong Kong?

vendredi 21 août 2009

Artistes assassinés



On ne pouvait pas passer un mois en Chine sans aller à Xi’an voir la célèbre armée de terracotta, élevée au rang de patrimoine mondial par l’UNESCO.

Ce mausolée de l’empereur Qin Shihuang a été découvert par hasard en 1974 par un fermier, à 40 kilomètres de Xi’an, dans le centre de la Chine. Cette armée composée d’environ 8000 milliers de soldats sculptés dans la terre cuite, était ensevelie depuis plus de deux mille ans.

Le site est grandiose. On ne peut faire autrement qu’admirer l’ambition démesurée et l’envergure effarante de cette création. Rangées après rangées de soldats plus grands que nature, enlignés en formation de guerre dans des rangées solennelles, ayant pour mission de protéger la dernière demeure du roi. Chaque sculpture est unique, chaque soldat ayant des traits et des vêtements différents.



Devenu un haut lieu touristique depuis la découverte de ce mausolée, Xi’an attire chaque année deux millions de personnes. Le jour où nous sommes passés, malgré une pluie fine et persistante, des milliers de personnes jouaient du coude pour avoir une bonne vue des soldats et prendre LA photo du site…. Ajoutons à cela la pléthore de guides qui hurlent leurs explications historiques dans des haut-parleurs, les incontournables boutiques de souvenirs qui vendent toutes les bébelles inimaginables reliées à l’armée de terre cuite… et vous aurez une bonne idée de l’atmosphère de cirque touristique qui règne sur l’endroit…

La construction de cette célèbre armée aurait mobilisé 700 000 artisans pendant près de 40 ans. Durant toute la visite, j’ai cherché, cherché, cherché, un hommage aux artisans, aux potiers, aux travailleurs qui ont créé cette fabuleuse armée. Les signatures des potiers ont en effet été retrouvées sur les statues. C’est à eux que je pensais, tout au long de la visite, en écoutant d’une oreille distraite les commentaires patriotiques et vantards de notre jeune guide.


Les artistes qui ont travaillé pendant des décennies pour créer ce mausolée ont été étrangement « récompensés » pour leur labeur. Pour préserver le secret du mausolée, l’empereur Xi Wang aurait fait tuer tous ceux qui avaient participé à sa construction. Certains historiens affirment même que des centaines de milliers de travailleurs auraient été emmurés vivants dans le tombeau.

J’ai lu attentivement les quelques écriteaux explicatifs (dans un très mauvais anglais), mais je n’ai trouvé aucun hommage au talent et à la contribution de ces créateurs. Pas un mot. Rien. Quelle ironie suprême de penser qu’à cause de leur immense talent, ces artistes ont pu participer à cette initiative mégalomane. C’est ce même talent qui leur a valu d’être assassinés.

Malgré sa beauté indéniable, l’armée de terre cuite Xi’an a une teinte de macabre.

mercredi 19 août 2009

Quiproquos rigolos



La Tour de Babel, Pieter Bruegel l'Ancien.


Nous avons connu en Chine quelques quiproquos rigolos à cause de la langue.

Mauvaise prononciation?
Dans notre hôtel de Shanghaï, mon conjoint réclame un oreiller supplémentaire. On lui a apporte quatre assiettes.

Les Canadiens sont gros?
Je regarde des robes dans une boutique de Beijing lorsqu’une employée du magasin s’approche et me fait des signes de main sibyllins. Croyant comprendre qu’elle me demande d’où je viens (ce que je me fais demander plusieurs fois par jour), je réponds: «Janada» (la façon chinoise de prononcer Canada). Elle m’apporte une robe de taille extra-large.

Souriez, vous puez
Le jeune guide qui nous fait visiter Nanchang (ville d’origine de notre fille aînée) insiste pour prendre des photos de nous à chaque monument historique. Lorsque nous sommes tous les quatre devant l’objectif de l’appareil, il nous crie sur un ton enjoué: «Smell! Smell!». Il nous faudra quelques photos avant de comprendre qu’il veut dire «Smile! Smile!» Inutile de dire que nous rions beaucoup sur nos photos de Nanchang.

Après 33 jours de méprises de la sorte en Chine, je comprends mieux la parabole de la tour de Babel.

lundi 17 août 2009

Odeurs de la Chine


(Crédit photo: Anatol)


Devant la forêt de gratte-ciel de Shanghaï, les boutiques de luxe de Beijing, le train hyper-moderne et hyper-rapide entre les métropoles, je me disais: la Chine est vraiment sortie de la pauvreté pour entrer de plein pied dans la modernité.

Mais c’est en humant les odeurs de la Chine, jour après jour, que je me suis dis: par certains côtés, l’Empire du milieu est encore loin de la « modernité ». Comme un jupon qui dépasse, les fumets de la Chine rappellent aux visiteurs que cet immense pays qui connaît un essor économique fulgurant, traîne encore des relents de pauvreté…

Trois odeurs prédominantes nous assaillent en Chine, dans les villes autant que dans les campagnes :
1- Fumée de cigarettes
2- Effluves d’égouts
3- Relents d’urine.

Fumée de cigarettes
En Chine, l'odeur de la fumée de cigarette est omniprésente. Les Chinois fument beaucoup et partout, même dans les endroits publics où sont affichées des pancartes « Défense de fumer ». Pas une chambre d’hôtel qui ne sente la fumée de cigarette. Combien de fois, au restaurant, avons-nous changé de table pour éviter les fumeurs à la table voisine?

Et les statistiques à ce sujet sont effarantes. Plus grand producteur de tabac au monde, la Chine compte plus de 350 millions de fumeurs. Le cancer du poumon est la première cause de mortalité dans ce pays. Plus d’un million de personnes meurent chaque année de maladies reliées au tabagisme.

Les fumeurs en Chine peuvent dépenser jusqu’à 60% de leur revenus pour s’acheter des cigarettes. Il n’y a pas de limite d’âge en Chine pour la vente des produits du tabac et les cigarettes sont souvent offertes en cadeau. (!!!)


Effluves d’égouts
Même dans un pays aussi hautement industrialisé que la République populaire de Chine, les systèmes de traitement des égouts sont insuffisants. D’après les statistiques, plus de 40% des eaux usées sont déversées sans aucun traitement. D’où les odeurs nauséabondes qui s’échappent des bouches d’égouts, même dans les rues les plus élégantes et les plus huppées.



Relents d’urine
Il est courant de voir des bébés et de jeunes enfants faire pipi dans la rue en Chine. La senteur d’urine y est donc forte et fréquente. Comme les systèmes d’égouts sont insuffisants en Chine, dans toutes les toilettes (turques, pour la grande majorité), on trouve des affiches demandant de jeter le papier de toilette souillé dans la poubelle plutôt que dans la toilette. Les poubelles n'étant pas vidées régulièrement, imaginez les odeurs...

Nous étions arrivés dans le pays depuis à peine une heure que ma fille s’exclamait : « Ça pue en Chine! »
- Voyons pourquoi tu parles comme ça sans savoir, que je lui ai répondu, du ton sentencieux de la de mère-qui-s’apprête-à-donner-une-leçon-de-bienséance-à-sa-fille.
Je me suis vite rendue compte qu’elle avait raison.

jeudi 13 août 2009

Quand le suçon se fait œuvre d’art


Je n’ai pas le doigté assuré du pâtissier, ni la main sûre du peintre. Chaque fois que j’essaie de glacer un gâteau ou de faire un peu de peinture, je me retrouve inévitablement avec des zébrures ou dégoulinades. D’où mon admiration devant cet artiste du suçon, vu à Dali dans le Yunnan.

Avec un simple sirop de sucre, il créait des œuvres d’art sur sa plaque de marbre. En quelques tours de mains, il faisait naître sous nos yeux des dragons, des papillons, des poissons et des paons, etc. Aussi fins et complexes que de la dentelle. Dès que le sucre avait durci, il y plantait un bâton pour transformer sa création en suçon. Le tout en moins de deux minutes et pour moins de 2$.


Nous avons acheté deux de ces suçons œuvre d’art pour nos filles. C’était presque trop beau pour être dégusté. En fait, c’était plus joli à regarder que bon à manger. Fabriqué dans un sirop de sucre, ce suçon croquant colle aux dents et ne goûte pas grand-chose. Pour vraiment accrocher le consommateur, pour l’inciter à revenir non seulement pour le plaisir de l’œil mais aussi pour le plaisir du palais, j’y rajouterais quelques gouttes de sirop d’érable.


Notre fille cadette a dû trouver trop sucré son coq créé par l’artiste du suçon. Le lendemain matin, dans la poubelle de notre chambre d’hôtel, j’ai trouvé une flaque de sucre fondue. Ça m’a fait pousser un soupir mélancolique sur la fugacité de l’art…


Voici donc un de ces inimitables artistes du suçon en action, filmé par "Leon", un Britannique qui a passé une année en Chine.

mercredi 12 août 2009

Branché ou débranché?


J’ai tergiversé (mais pas trop…) avant de décider d’apporter un ordinateur pour notre voyage en Chine. En fait, c’est mon conjoint qui mettait les freins, de peur que je travaille durant le voyage. On a pesé et soupesé le pour et le contre, avant de finalement décider qu’il y avait plus de pour que de contre.

Quelques bonnes raisons que nous avions d’apporter l’ordi pour rester «branché» même en vacances :
- Pour peaufiner notre itinéraire en cours de route, réserver notre hôtel dans la prochaine ville, se documenter sur la pagode que nous allions visiter le lendemain. Nous avions bien notre bon gros « Rough Guide », mais une fois qu’on a goûté à la richesse et la diversité de l’Internet, un seul guide semble une bien pauvre source pour se documenter.
- Rester en contact avec le Canada (par courriel ou Skype) pour suivre les dossiers chauds: recevoir les nouvelles des grands-parents à l’état de santé fragile ou de cet éditeur dont on attend une réponse depuis un certain temps…
- Disposer d’un dépôt pour télécharger les centaines de photos prises au cours du voyage avec l’appareil photo numérique.
- Pour permettra à nos filles de pouvoir écrire des courriels à leurs amis ou regarder un film durant les longs trajets en train. Pas de jeux, par contre, car il n’y en a pas (et il n’y en aura pas) sur mon ordinateur portable.
- Tenir mon journal de voyage.
- (Dernière raison et celle là, je la dis tout bas, en chuchotant, parce que j’ai un-peu-beaucoup honte : je suis un-peu-beaucoup accroc à mes courriels et mes blogues…)

On est donc partis pour la Chine avec l’ordinateur portable dans le sac à dos. Les connections internet étant assez bonnes dans l’Empire du Milieu, j’avais accès à mes courriels presque quotidiennement.

J’ai donc pu regarder et commenter les esquisses d’un de mes albums en préparation. J’ai eu la réponse (très attendue) que mon roman pour ados était accepté par mon éditeur et paraîtrait cet hiver. J’ai répondu à quelques courriels pour le boulot. Pour les blogues, par contre, je ne les ais pas lus car ils étaient bloqués , gracieusement du gouvernement chinois.

Tout ça a nourri mon accoutumance à l’ordi… mais. Il y a un Mais. En pitonnant sur le clavier, à Shanghai, Beijing, Xian ou Dali, j’avais certains doutes… un malaise diffus qui me tenaillait. Avec l’ordi constamment à portée de main en Chine, je n’ai pas décroché. J’ai apporté mon travail, mes préoccupations avec moi, je n’ai coupé aucun pont. La rupture avec la routine, n’est-ce pas justement ce qui rend les voyages si précieux?

De plus, en apportant avec moi le portable, en préservant une ligne d’accès direct avec le Canada, en gardant mon univers familier si proche (du moins virtuellement), je me suis privée des joies du dépaysement total. De l’immersion complète dans cette Chine si complexe et déroutante. Bien sûr, je sentais clairement que j’étais loin de chez moi, de mes références habituelles, mais grâce à Internet, je n’étais jamais vraiment ni complètement éloignée.

D’ailleurs, nous n’étions pas les seuls à rester « branchés » même en vacances. J’ai été étonnée de voir le nombre de voyageurs (dans les auberges de jeunesse ou dans les cafés) se trimballant avec leurs ordinateurs portables… Ça n’existe donc plus des voyages « débranchés »?

Petit paradoxe : tout au long de notre périple, j’ai dû partager mon ordinateur avec mon conjoint qui voulait télécharger et trier ses photos, avec ma fille aînée qui voulait envoyer des courriels à ses copines et avec la cadette qui voulait clavarder. Comme l’ordinateur était le plus souvent en demande, en soirée, dans notre chambre d’hôtel, je me suis rabattue sur un simple carnet pour écrire mon journal de voyage.
J’ai redécouvert le plaisir d’écrire à la main.

De retour au Canada, je feuillette ce carnet et j’éprouve une grande satisfaction à voir toutes ces feuilles noircies. Je ressens une fierté puérile devant le nombre de pages remplies, preuve concrète de ma persévérance (ou mon entêtement) à noter nos aventures et mes impressions. Ce carnet me semble bien plus précieux, bien plus digne d’être préservé qu’un document Word classé dans un répertoire électronique de la mémoire virtuelle de mon ordinateur…

lundi 10 août 2009

La Muraille et le Roman: même combat



Faire une randonnée sur la Grande Muraille « sauvage » de Chine, c’est exactement comme écrire un roman. Même extases, mêmes souffrances. Mêmes doutes, mêmes agonies. Même combat.

LE DÉBUT DE L'AVENTURE

Le Roman :
Quand on commence un roman, on est emballé par l’idée, l’embryon d’intrigue, l’univers esquissé. L’histoire s’agite devant nous, aguichante, à peine explorée, toute entière à développer. On est titillé par les possibilités et animé de la passion galvanisante des débuts…

La Muraille :
Quand on commence une randonnée sur la grande Muraille de Chine, on est confronté à des paysages d’une beauté à couper le souffle: un majestueux mur de pierres qui serpente les flans de montagnes abruptes. Jalonnée par les tours de guets et de nombreuses portes, la Muraille s’élance à perte de vue. Ce qui fait s’écrier ma fille cadette : « Oh my God! Ça ne finit jamais! » Moi, ça me donne envie d’être peintre.

Symbole de la civilisation chinoise, la Grande Muraille ondule sur
6 700 km d'ouest en est, soit près d'un sixième de la circonférence de la terre. Nous, on a eu l’audace de faire la Muraille « sauvage» (Wild Great Wall), c’est-à-dire une randonnée de 11 km entre les villages de Jinshanling et de Simatai. L’endroit se trouve à deux heures de route de Beijing.



Au début de la randonnée, on marchait d’un bon pas sur les vieilles pierres, aussi enthousiastes qu’admiratifs, aussi énergiques qu’émerveillés.


LE MILIEU DE L'AVENTURE
Le Roman :
Quand on arrive au milieu de la rédaction d’un roman, l’enthousiasme a perdu de son intensité, le doute s’installe, on ne sait pas si ce sera simplement bon ou carrément médiocre. On se demande si on aura le courage d’aller jusqu’au bout, on a envie d’abandonner. On n’a plus de plaisir à écrire. C’est le test ultime de l’endurance et de la persévérance. On sait qu’il faut se pousser au-delà de ses limites, mais on ne sait pas au juste où se trouvent nos limites. On se demande d’où venait l’idée loufoque d’écrire un roman.


La Muraille :
La randonnée entre Jinshanling et de Simatai est une randonnée difficile (ce n’est pas moi qui le dit mais le "Lonely Planet") en temps normal alors imaginez le « défi » (et c’est un euphémisme…) par une journée où la chaleur grimpe à 36 C!!! Le soleil tape tellement dur que mon t-shirt et ma casquette sont trempés de transpiration. J’ai un coup de soleil sur les bras et ça commence déjà à brûler. Je sors ma bouteille d’eau à toutes les dix minutes, mais l’eau tiède ne me désaltère pas. J’ai le souffle court, je trouve ce parcours épuisant. Je me demande quand ça va finir et si j’aurai la force de le finir.



Vers la moitié de notre randonnée, on arrive dans la section Simatai de la Grande Muraille. L'entrée de la passe est abrupte et à cet endroit, la Muraille s'élargit ou se rétrécit selon la crête rocheuse en lame de rasoir. Cette partie de la Muraille n’a pas été restaurée, depuis sa construction, il y a 500 ans. À certains endroits, le mur est détérioré et les pierres sont brisées ou branlantes. Il faut donc se tenir à deux mains pour avancer. Pour la sécurité, on repassera.



Sur ce tronçon du Mur, on trouve l’habituelle voie large pour chevaux, mais aussi les escaliers « échelle céleste » le long des crêtes. Moi qui ai peur des hauteurs, j’avance parfois presque à quatre pattes en évitant de regarder en bas ou derrière moi. Je ne m’amuse plus du tout. Je ne m’extasie plus une miette devant ce paysage mirifique.



Je me demande qui a eu l’idée loufoque de faire cette randonnée sur la Muraille « sauvage ».


LA FIN DE L'AVENTURE

Le Roman :
Il a fallu 2000 ans pour construire la Muraille. Arrivé dans le sprint final de la rédaction d’un roman, on a l’impression que ça fait 2000 ans qu’on y travaille et qu’il est encore loin d’être prêt et qu’il ne sera jamais prêt et qu’on n’a pas une seule once de talent. On est prêt à jeter le roman dans la cheminée. On déteste la littérature et on veut se faire plombier.

On n’a qu’un désir, un seul désir, un brûlant désir : en FINIR! On n’a qu’une pensée, une seule, qui revient comme un leitmotiv : « Plus jamais on ne m’y reprendra. »

La Muraille :
À la quatrième heure de marche, je n’en peux plus de cette foute Muraille. Je veux qu’un hélicoptère vienne me chercher. J’ai mal à mes vieux genoux, mal aux épaules (à cause du sac à dos), mal à mes bras brûlés. J’ai refusé de manger le sandwich au poulet que je traine depuis trois heures dans mon sac à dos et qui a été réduit en bouillie sous le poids de nos bouteilles d’eau. La seule vue de la mayonnaise me donne mal au cœur. J’ai l’estomac vide et les jambes qui tremblotent.



En plus, il y a ce foutu pont suspendu qui m’attend avant l’arrivée à la porte finale, je le vois de loin. Selon le « Lonely Planet », cette randonnée n’était pas recommandée pour ceux qui ont le vertige ou peur des hauteurs… J’aurais dû rester dans ma chambre d’hôtel… Pas pour me justifier, mais ce fameux pont suspendu au dessus d’un haut précipice, se balançait quand on marchait dessus, horreur suprême!!! Pas pour les moumounes, je vous assure. Au moment de traverser ce foutu pont, j’ai eu un moment de faiblesse et je me suis rendue ridicule, mais après moult palpitations, j’ai fini par me retrouver de l’autre côté.



Je n’ai qu’un désir, un seul désir, un brûlant désir : en FINIR! Je n’ai qu’une pensée, une seule, qui revient comme un leitmotiv : « Plus jamais on ne m’y reprendra. »

Onze kilomètres et quatre heures et demie plus tard, on arrivait enfin à la fin du parcours, là où nous attendait notre chauffeur. Alléluia.



Mao Zedong a dit: Celui qui n'a pas gravi la Grande Muraille n'est pas véritablement un homme. Je l’ai amplement prouvé ce jour là : je suis véritablement un « homme ».

LE LENDEMAIN DE L'AVENTURE:

Le Roman :
On se dit : quelle expérience fabuleuse je viens de vivre. Je suis prête à recommencer.
La Muraille :
On se dit : quelle expérience fabuleuse je viens de vivre. Je suis prête à recommencer.



Toutes les photos sont de mon conjoint Neale MacMillan.

Pour avoir une meilleure idée en images, de notre randonnée sur la Muraille "sauvage" entre Jianshianling et Simatai, voir le parcours "pas à pas" photographié par l'Américain David Turner.

vendredi 7 août 2009

Un éléphant sur son vélo


Du plus loin que je m’en souvienne, ma mère faisait du compost, alors que ce n’était même pas encore une mode. Et ça me fascinait. J’aime tout ce qui touche le recyclage. Cette pratique satisfait mon goût de l’ordre, du triage et de la conservation. Tout ça nourrit aussi un désir, plus abstrait, de ne pas souiller davantage une planète déjà plutôt mal en point.

J’ai d’ailleurs pondu un album pour tout-petits (à paraître cet automne), qui aborde humoristiquement la question du recyclage.



Les Chinois ont la réputation d’être très économes. Pas étonnant dans un pays qui a connu son lot de famines (dont certaines encore récentes.

Le recyclage est donc très visible en Chine. Tous les jours durant notre voyage, j’ai vu des gens en train de fouiller dans les poubelles, trier, cueillir et transporter des déchets.


On est loin ici des bacs bleus roulants de 360 litres qui sont cueillis au bord du chemin par un camion mécanisé.
Dans toutes les villes, petites et grosses, j’ai vu ces gens (hommes et femmes) ployer sous des sacs gigantesques, remplis à craquer de carton, papiers, bouteilles. Souvent perchées précairement sur une bicyclette, cette montagne de déchets (qui faisait vingt fois le poids de celui qui la transportait) tenait par une simple corde. Essayer voir de rouler avec un tel éléphant sur votre vélo…


À Beijing seulement, ils seraient 160 000 travailleurs, la plupart des migrants, à travailler dans la récupération, le tri et le transport des déchets recyclables.
Le drame, c’est que la crise économique mondiale a fait des ravages dans l’industrie du recyclage. La valeur des déchets a baissé de façon draconienne. Une bouteille de plastique vaut la moitié de ce qu’elle valait l’an dernier. Ce qui a détruit le gagne-pain pour des milliers de gagne-petits… Plusieurs travailleurs migrants, venus en ville pour s’enrichir grâce aux déchets, ont donc dû retourner dans les campagnes qu’ils avaient quittées pour améliorer leur niveau de vie.

La Chine est le principal importateur de déchets au monde. La consommation y étant moins développée qu’en Occident, un fort pourcentage des matériaux qui alimentent l’industrie du recyclage viennent de l’étranger. Mais comme les prix des déchets ont dégringolé, la Chine refuse aujourd’hui des cargaisons en provenance des États-Unis ou d’Europe.


Pendant ce temps, dans l’Ouest, nos dépotoirs débordent, nos décharges se gonflent et nos déchets créent des montagnes puantes et polluantes, dont personne ne veut dans sa cour…

Les photos sont de mon conjoint, Neale MacMillan.

jeudi 6 août 2009

Manger amer



Deng Xiaoping en visite aux États-Unis en 1979.

Durant mon voyage en Chine, j’ai lu River Town de Peter Hessler, un témoignage évocateur, perspicace, drôle et émouvant sur ses deux années dans la province du Sichuan à enseigner l’anglais.

Ce jeune Américain vivait en Chine quand Deng Xiaoping est décédé, en 1997. Dans son bouquin, il raconte quelques anecdotes de la vie mouvementée de celui qui a dirigé les destinées de la Chine, entre 1978 à 1992.

C’est qu’il a connu plus que son lot de drames, le camarade Deng. En luttant contre la corruption du Parti communiste, il s’est fait des ennemis. Il a donc été purgé du Parti durant pendant la Révolution culturelle. Pour sa «rééducation», Deng a été envoyé en campagne pour y travailler comme ouvrier. Sa famille aussi a été « punie ». Son fils est devenu paraplégique après une mystérieuse « chute » d’une fenêtre lors d’un interrogatoire mené par des gardes de l’Armée rouge.

Mais Deng a rebondi et a lentement refait son chemin vers le Parti pour atteindre les sommets du pouvoir, qu’il a exercé jusqu’à sa mort en 1997. Reconnu pour son pragmatisme, il avait pour devise : « Peu importe que le chat soit noir ou gris : s'il attrape les souris, c'est un bon chat »

Une anecdote sur Deng Xiaoping, racontée dans le livre de Peter Hessler, m’a fascinée. Les Chinois disaient de Deng: «He could eat bitter». Littéralement : manger amer. En effet. Même s’il a fait de graves erreurs politiques (notamment la répression des manifestations sur la place Tiananmen en 1989), Deng a démontré qu’il avait du cran, du courage, de la vaillance et de la résilience pour survivre aux épreuves et privations.

Manger amer… cette expression m’a fascinée. M’a fait penser à ma vie ouatée. À mes périodes de paresse et de mollesse... Je ne sais pas «manger amer». Je ne le saurai sans doute jamais, ayant toujours vécu dans cette culture nord-américaine qui exige la facilité, le tout-tout-de-suite, la gratification immédiate.

Pourtant, si j’apprenais à «manger amer», je pourrais sans doute mieux rebondir après les déceptions ou les revers… Peut-être même que de savoir «manger amer» pourrait m’amener sur le sentier si tentant... et si épeurant... du dépassement.

mercredi 5 août 2009

« Comparé à Mao, Hitler était un chaton"


Selon de nombreux historiens, Mao Zedong, dirigeant de la République populaire de Chine, aurait causé la mort de 60 à 70 millions de personnes dans son pays. Un Canadien qui vit dans le Yunnan depuis cinq ans me disait d’ailleurs : « Compared to Mao, Hitler was a pussycat. »

D’où mon étonnement de constater qu’en 2009, Mao est encore très présent en Chine, du moins iconographiquement. La politique étant un sujet archi-délicat dans l’Empire du Milieu, je n’ai pas mené d’entrevues auprès des Chinois pour savoir qu’elle est leur opinion de leur ancien Président. J’ai cependant souvent vu des photos dans les endroits publics, beaucoup de souvenirs dans les magasins, qui montrent que le mythe du grand Timonier est loin d’être déboulonné.



Sa présence se manifeste d’ailleurs de façon incontournable sur la célèbre place Tianamen à Beijing, où trône son immense portrait et où les foules attendent en ligne pendant des heures pour voir son cadavre préservé.



Mao fut l'inspirateur direct du Grand Bond en avant (1958-60), une politique économique qui s'est soldée par la famine la plus meurtrière de l’Histoire: 38 millions de personnes mortes de faim. Il fut aussi le père de la Révolution culturelle (1966-1969), gaspillage tragique de ressources et d'énergies, qui a étouffé la culture chinoise et a fait reculer la Chine sur le plan technique, économique et écologique.

Dans Mao. L'histoire inconnue, Jung Chang et Jon Halliday raconte sur plus de 800 pages toutes les horreurs perpétrées sous le règne de Mao. Les mots qui reviennent le plus souvent pour le décrire sont : dictateur, despote, ambition et paranoia. Les mots qui reviennent le plus souvent pour décrire son régime totalitaire sont : purges, campagnes de terreur, répression, dévastation. Le livre est interdit en Chine, car d’après ses auteurs, le régime communiste actuel perpétue le mythe de Mao.


Comme écrivaine éternellement insatisfaite de ses ventes, j’ai été estomaquée de découvrir le succès colossal de Mao comme «auteur». Le Petit Livre rouge, recueil de citations tirées des discours et écrits de Mao, est en effet le livre le plus vendu au monde après la Bible. On estime les ventes à 900 millions d'exemplaires.

Les photos ont été prises par mon conjoint, Neale MacMillan.

mardi 4 août 2009

Avez-vous mangé votre riz aujourd’hui?


Si j’étais un paysage, je serais une rizière.

Tout au long de notre voyage, durant nos trajets en autobus et en train, j’ai passé de longs moments à contempler les rizières. Même si le développement industriel et urbain a fait baisser de façon draconienne la superficie des rizières en Chine (obligeant le pays à importer), le riz reste la céréale emblématique de ce pays.

Ces marées verdoyantes, ondulant dans le vent, c’était pour moi la quintessence de l’Empire du Milieu.

Ce qui me fascinait des rizières :
- La symétrie méthodique de ces grandes étendues cultivées.
- La concision des sentiers et des canaux qui ouvraient des sillons dans ce tapis lisse.
- Les cultures en paliers dans les montagnes, démonstration éloquente de l’art paysager, de l’ingéniosité et de la sueur humaine.
- L’éclat du vert sous les rayons glorieux du soleil de midi.
- La douceur du vert dans la lumière tamisée de fin de journée.


Le riz en Chine, c’est 10 000 ans d’histoire. En analysant au carbone 14 des grains de riz découverts lors de fouilles, on a établi qu’il était cultivé dès les années 8200 - 7800 avant J.C.


En regardant les travailleurs dans les champs de riz, certains portant le traditionnel chapeau de paille, j’ai pensé : les Chinois font ces gestes depuis des millénaires. Après les gratte-ciel de Shanghai et de Beijing, la Chine ancienne me semblait encore vivante dans les rizières… car la culture de cette céréale emblématique semble peu mécanisée. La routine d’un fermier chinois de 2009 reste sans doute assez semblable à celle d’un fermier de 1809…

Dans le passé, il était d'usage pour les Chinois de se saluer en disant: "Avez-vous mangé votre riz aujourd'hui?" Quelle façon élégante de dire bonjour, en exprimant illico son intérêt pour le bien-être de l’autre.


Contempler les rizières avait sur moi un effet hypnotisant. Avec leur aura d’ordre, de netteté, ces champs de riz étaient reposants à regarder. Je sais pourtant qu’il est éreintant d’y travailler. Que chaque étape de cette culture (plantation, repiquage, labourage, irrigation et récolte) amène son lot de sueur et de douleurs. «Back-breaking labor», comme disent les Anglais.

Je sais aussi que les fermiers qui y travaillent sont loin d’être riches. N’empêche. La vue de ces rizières si minutieusement entretenues offrait une impression d’ordre et d’harmonie, me donnait l’illusion d’un monde cohérent et serein, où le riz pousse paisiblement entre l’eau, le soleil et le bleu du ciel.

Si je pouvais être un paysage, je serais une rizière.


Toutes les photos sont de mon conjoint, Neale MacMillan.

lundi 3 août 2009

Le ridicule est question de perception

Le ridicule ne tue pas. Je me tue à le dire à mes filles. En vain.

À plusieurs moments, durant notre périple de 33 jours en Chine, ma progéniture m’a trouvée ridicule. Devant certains de mes gestes un peu…fantaisistes, mes filles ont protesté. Parfois faiblement, parfois plus vigoureusement. Comme si elles avaient peur que le ridicule dont je me couvrais (à leurs yeux…) les éclabousse. Ou que mes élans «ridicules» soient contagieux.

Leurs protestations ne m’ont pas arrêtée, ni même ralentie. Je n’ai plus assez de vanité pour m’angoisser de ce que les autres penseront de mes pitreries (qui étaient somme toute, bien sages…). À mon âge, avec la vie qui s’écoule si vite, avec tout ce que je n’ai pas encore goûté ou tenté, je n’allais certainement pas commencer à m’auto-censurer, surtout pour des comportements plutôt anodins et certainement inoffensifs qui ne faisaient de mal à personne, sauf à l’orgueil de mes filles.

Par exemple, ça les gênait que je fasse des guilis-guilis en simili mandarin aux bébés pimpants que je croisais dans la rue.


J’aurais dû leur citer Alain : « Qui n'a jamais été ridicule ne sait point rire.

Un jour, au resto, on avait comme voisins de table une famille chinoise, dont le gamin d’environ cinq ans s’emmerdait pendant que ses parents s’éternisaient sur leurs assiettes vides en fumant une enième cigarette…

Tiens, que je me suis dit, je m’en vais te le désennuyer ce jeunot. Mais ce n’est pas avec mes cinq mots de mandarin que j’allais pouvoir lui raconter une histoire trépidante de mon cru. J’ai donc eu recours au bon vieux langage universel: celui des mains.

Et je me suis lancée dans ma comptine préférée, celle que l’on mime avec les menottes: « Roule, roule, roule, pique, pique, pique, tape, tape, tape, hourrah! »


Mes filles se cachaient le visage derrière leurs baguettes pour éviter de me voir ou/et pour éviter d’être vues.
Le petit Chinois, lui, en redemandait.

Près de Nanchang, nous sommes allés visiter l’un des trois villages anciens de Anyi, vieux de 1000 ans. On y a préservé des maisons dont l’architecture remonte aux dynasties Ming et Qing.

Durant la visite, notre guide nous entraîne vers cet arbre magnifique et nous raconte que selon la tradition locale, si l’on tourne trois fois autour de l’arbre en faisant un vœu, notre souhait se réalisera.


Je m’empresse aussitôt de poser mon sac à dos pour tourner trois fois autour de l’arbre.

- Maman, s’exclame ma fille cadette, de ce ton qu’elle prend quand elle me trouve ridicule. Un ton frustré. Affligé. Mortifié. Un ton qui veut dire: tu vas encore faire une folle de toi...


Mais le ridicule est question de perception. Ce qui semble risible ou loufoque pour l’un peut s’avérer normal ou banal pour l’autre. Il y a eu un moment durant le voyage où j’ai été indubitablement et incontestablement ridicule. C’est le jour où je me suis mise à chigner de trouille devant un pont suspendu (j’y reviendrai dans un prochain billet). Terrifiée par cette crevasse, par ce vide cauchemardesque, je n’arrêtais pas de gémir: « Pas capable. Pas capable. Pas capable…»


Loin de me trouver ridicules, mes filles se sont transformées en deux modèles de sollicitude et de patience. Elles m'ont entourée pour m’aider à traverser (littéralement) l’épreuve. De l’autre côté du pont, la terre ferme sous mes pieds, mon moment de faiblesse m’a semblé franchement ridicule.

Toutes les photos sont de mon conjoint, Neale MacMillan.

vendredi 31 juillet 2009

Les femmes soutiennent la moitié du ciel


J’ai vu cette femme à Dali, une ville pittoresque de la province du Yunnan. Je n’en revenais pas de la voir transporter ainsi des hottes remplies de terre dans le camion. On voit très rarement (si jamais…) ce genre de travail manuel éreintant au Canada…

La chaleur était accablante ce jour là, sa hotte semblait douloureusement lourde et la passerelle étroite branlait lorsqu’elle la parcourait. Tandis que je jouais à la touriste, elle allait passer la journée (7 ou 8 ou 9 heures?) à transporter et à transvider ces hottes de terre. J’aurais voulu l’aider, tout en sachant bien que l’idée était aussi ridicule qu’impossible. Moi, l’étrangère, l’Occidentale, combien de temps j’aurais duré sous ce soleil, à abattre cette besogne brutale? Et même si on m’avait laissé travailler à ses côtés pour alléger sa tâche pendant quelques heures, qu’est-ce que ça aurait changé vraiment – durablement - dans la vie de cette femme?



Durant notre mois en Chine, il m’est arrivé de me plaindre quelquefois du poids de mon sac à dos, qui me tirait les muscles des épaules. Ce sac de jour que je trainais partout, contenait nos passeports, nos billets d’avions, la bouteille d’eau de l’aînée, la casquette de la cadette, le papier de toilette (indispensable en cette contrée de toilettes turques), les piles pour l’appareil photo, notre collation de la journée, etc. Dans les après-midis de canicule, je le trouvais lourd. Ouais. Rien de comparable à ceci.



L’adage « les femmes soutiennent la moitié du ciel » remonterait apparemment à l’époque de Confucius. Mao a par la suite popularisé l’expression.


Chaque fois que je voyais des femmes passer avec ce type de charge, je m’arrêtais pour regarder, en essayant de ne pas les fixer impoliment. Outre la lourdeur de leur fardeau, ce qui me fascinait était leur air stoïque. Est-ce qu’il reste de l’énergie pour penser, pour désirer, quand on porte loin et longtemps des poids si écrasants?


Dans les grandes villes de Chine, les femmes éduquées ont des carrières, des salaires et des sacs Gucci. À Shanghaï, à Beijing, à Hong Kong, j’en ai vu des centaines de femmes tirées à quatre épingles, perchées sur leurs talons aiguilles, plus maquillées et plus élégantes que bien des Nord-Américaines. Mais dans les campagnes, c’est une autre paire de manches.


C’est qu’elles triment dur les Chinoises des campagnes. Ce sont les « oubliées de la modernisation ».Beaucoup y sont encore traitées comme des bêtes de somme, brimées par les valeurs traditionnelles d’un système patriarcal.



En milieu rural, les familles continuent encore de préférer les garçons aux filles. Car c’est le garçon qui devenu adulte, prendra en charge ses parents âgés. Quand la fille se marie, elle suit son mari dans sa famille. D’où cet abominable dicton chinois : « élever une fille, c’est cultiver le champ d’un autre.”



Selon des statistiques de l’Organisation mondiale pour la santé (OMS), la Chine est le seul pays au monde où les femmes se suicident plus que les hommes.



Et le taux de suicide est trois fois plus élevé en milieu rural. D’après le journal médical britannique ‘‘The Lancet'', 157 000 femmes chinoises, surtout d'origine rurale, se tuent chaque année. L’une des raisons de ce haut taux de suicide est la disponibilité des pesticides.

Toutes les photos ont été prises par mon conjoint, Neale MacMillan.