mercredi 1 février 2012

À quel âge est-ce qu’on arrête de chercher des héros?

Illustration: Merrillmind

J’ai rencontré il y a quelque temps un homme – appelons le Quidam - qui m’a profondément impressionnée. Par son intelligence vive, son engagement ardent, son efficacité redoutable, son intensité, son optimisme lucide. Je suis fascinée par les gens qui vibrent fort, qui exigent gros et grand de la vie. Qui donnent gros et grand en retour. Et Quidam me semble de cette trempe.

Je raconte mon admiration pour Quidam à une amie, qui travaille avec lui depuis plusieurs années. Et l’amie, délicatement, de me dire, oui mais tu sais, Quidam a fait ceci (pas très élégant), Quidam a fait cela (pas très généreux), Quidam a telle faiblesse et tel travers. Diplomatiquement mais sans équivoque, l’amie déboulonne le héros que je viens tout juste de hisser sur un piédestal. À peine né, mon héros est déjà entâché. Bonjour déception.


Il y a 20 ans, j’aurais été fâchée contre mon « héros ». Comment pouvait-il me décevoir ainsi? Comment osait-il être aussi humain, faillible?

Il y a 10 ans, j’aurais été fâchée contre l’amie qui a pété ma balloune. Comment pouvait-elle ainsi massacrer mes mirages? Transformer mes espérances en chimères?

Aujourd’hui, je suis fâchée contre moi-même. Fâchée de constater que je viens de tomber, pour la enième fois, dans le même piège. Par quelle naïveté est-ce que je persiste à chercher encore des personnalités plus grandes que nature, des gens incomparables, infaillibles et inattaquables? Je sais, je sais, je sais, c’est juvénile, irrationnel, malavisé, mais, mais, mais, dit-elle tout bas, ce serait tellement beau de pouvoir admirer inconditionnellement…

À quel âge est-ce qu’on arrête de chercher des héros?

11 commentaires:

  1. Pourquoi, on ne pourrait pas admirer juste un moment, une personne, un geste, une pensée, sans mettre sur la table, toute sa vie ?

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  2. Tout le monde affirme que Céline était un beau salaud, et pourtant, quel créateur! Quel formidable et extraordiaire écrivain! Une idole pour moi en dépit de son antisémitisme (voire son nazisme) parce que je me limite à sa création.

    Et que dire d'Arthur C. Clarke, grand écrivain et grand pédéraste devant l'Éternel. Et Lewis Carol, grand pédophile (quoique ces deux-là, peux vraiment plus les pifer).

    Il y a aussi un autre Quidam québécois mort récemment et que tout le monde encense. J'ai entendu un témoin me parler d'une anecdote avec ledit Quidam, un témoin qui l'a vu faire de ses yeux vu, et quel contraste (et quel connard) quand on compare ses écrits avec ses agissements dans le réel. Pas de pédophilie, loin s'en faut, mais un manque d'empathie certain.

    On est tous des salauds et des héros. J'en suis convaincu depuis que j'ai lu "Les Bienveillantes". J'ai lu ce roman dès sa sortie et j'en suis encore ébranlé.

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  3. Il me semble qu'on devrait pouvoir admirer les gens toute notre vie, et comprendre qu'eux comme nous sont imparfaits et tant qu'on ne compte pas sur eux pour nous sauver. Non?

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  4. Anonyme10 h 14

    ...suivant notre évolution personnelle,bébé, enfant, adolescent, adulte,¨orphelin¨ regardes par combien de statuts passe le premier héros de notre vie :PAPA...Papa sait tout... le père est toujours a dire quoi faire...Papa avait bien raison...Ah, si Papa était encore là...

    L'Encre

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  5. Je dirais de surtout se fier à sa propre expérience et non sur les dires des autres pour évaluer les gens.

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  6. Chacun porte en lui une part d'ombre.

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  7. Anonyme07 h 19

    Pas de héros ni d'idole pour moi...mais des modèles et je choisis bien sur l'élément que je veux imiter.
    Bonne route.
    POPO

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  8. Richard: Tu as parfaitement raison... j'en demande trop.

    Camille: Tu me donnes envie de lire Céline (c'est un trou dans ma culture livresque...) Et je me demande bien qui est ce Quidam dont tu parles... décédé récemment. Est-ce un auteur ou un journaliste/chroniqueur par hasard?

    Quelque Part: Bien sûr, je suis trop vieille pour rêver encore à un sauveur. Je voudrais juste pouvoir admirer inconditionnellement!

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  9. L'Encre: oh oui, elle passe par toutes les couleurs la relation avec nos parents...

    Claude: D'accord, ne pas prendre tout ce que les autres disent pour du "cash"... mais quand même, j'ai déjà été trouvée coupable d'avoir idéalisée quelqu'un avant...

    Marie-Josée: bien sûr, la part d'ombre, on en a tous une. J'ai trop tendance à l'oublier..

    Popo: quelle sage réponse... y aller pour le modèle plutôt que le héros. Comme ça, on évite les déceptions et on reste dans l'arène du possible.

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  10. Andrée, si tu veux goûter à Céline, lis "Voyage au bout de la nuit". Pour le quidam, on s'en parlera autour d'une bouffe (on va en avoir des trucs à se conter quand on va se revoir).

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  11. Marie12 h 22

    En commençant par passer outre tes propres petites erreurs (ex., idolâtrer un simple être humain) et miser sur tes grandes forces (recherche d’inspiration, désire d’un monde meilleur, capacité de réflexion, ouverture aux propos des autres), il deviendra facile pour toi de continuer à admirer le positif chez les autres tout en sachant qu’ils sont humains.

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