lundi 26 mai 2014

La plus grosse poutine du monde (suite du roman…) tel qu’écrite par une élève de 6e année.



 
Émilie Corriveau, l'auteure
Deux classes de 6e année de l'école Charles-Rodrigue de Lévis ont écrit une suite à La plus grosse poutine du monde.  Les deux enseignants, Élise Litalien et Jonathan Plante, ont ensuite organisé un débat enlevant, où les élèves ont discuté afin de choisir le meilleur texte.
Le premier texte sélectionné est celui d’Émilie Corriveau.  
 
La plus grosse poutine du monde   (suite du roman) par Émilie Corriveau

Il me reste un mois avant le début de l’année scolaire et je n’ai pas réalisé tous mes défis. Après avoir reçu mes cinq chandelles vert sapin et les coordonnées de ma mère, je suis prêt pour un nouveau défi.

Texto : 
·       Salut Samuel, peux-tu venir chez moi? (Thomas)    

- Quand et pourquoi? (Samuel)
·       Cet après-midi et je t’explique tantôt. (Thomas)
-       Non tout de suite.  Samuel)
·       Patience… ( Thomas)
-        L  ( Samuel) 

Quand Samuel est arrivé chez moi, je me suis dépêché de l’accueillir pour lui expliquer mon projet. Une heure plus tard, mon père rentre de la boulangerie tout excité de me retrouver. Mon père a été nommé vice-président de l’entreprise Saint-Méthode et on va devoir déménager à Montréal. Du coup, j’étais super content car j’allais voir ma mère plus souvent mais je vais perdre Sam, l’équipe de soccer et Élie.
Le lendemain, le téléphone sonna très tôt. Le patron de mon père lui a annoncé que le poste a été repris. Alors, mon père est toujours celui qui fait du pain de 8h le matin à 20h du soir chaque jour. Sa réaction n’a pas été la meilleure car il a raccroché au nez de son patron et est allé dans son atelier finir son voilier et faire son fantôme.
Après une semaine à travailler sur mon projet, j’ai décidé de mettre mon plan à exécution. Pour aller voir ma mère, il me faut un moyen de transport, de l’argent, de la nourriture et du courage.

 Courriel:
1 aout 12:37
Salut m. Poutine,
As-tu décidé d’aller voir ta mère? Donne-moi des nouvelles.
Mme Institutrice











  
1 aout 12:40
Salut Élie,
Oui j’ai décidé d’aller voir ma mère. En parlant de ça,   peux-tu venir chez moi cet après-midi?
m. Poutine
1 aout 12:43
Salut m. Poutine,
Oui je peux venir et est-ce que Samuel va être là?
Mme Institutrice
1 aout 12:47
Salut Élie,
Oui Samuel est déjà chez moi. Il ne manque que toi.
m. Poutine






















Mes amis sont d’accord pour partir à Montréal avec moi. Le problème, il nous faut de l’argent car Irène Ladouceur va nous reconduire à Montréal et nous préparer des repas pour une semaine. Mon père va aller nous chercher mais personne ne nous donne de l’argent.
Mon père s’est décidé de nous donner 500$ et Irène Ladouceur le même montant ce qui nous donne 1000$ pour notre séjour. À notre arrivée, j’ai tout de suite senti mon cœur chavirer car ma mère était proche. 

Deux jours plus tard, j’ai pris les coordonnées de ma mère et je suis parti à sa recherche. J’ai marché dans les rues du centre-ville de Montréal. Je me suis arrêté prendre une glace lorsque la nuit tomba. Je me suis mis à crier apeuré de me retrouver seul dans une ville que je ne connais pas.
Le lendemain, j’étais dans une petite maison vert sapin où il y avait des policiers. Les policiers m’ont expliqué qu’une dame m’avait trouvé sur le seuil de sa porte, endormi, et qu’elle ne savait pas pourquoi. Elle m’a reconduit ici pour que je sois en sécurité et au chaud. J’ai expliqué ce que je faisais dehors et quand j’ai voulu leur montrer l’adresse de ma mère, le papier n’était plus dans ma poche. Je me suis levé et j’ai crié : «Quelqu’un a pris les coordonnées de ma mère!» Par la suite, je me suis mis en boule et j’ai pleuré car j’étais sur le point de connaitre ma maman. À ce moment- là, j’ai senti une main qui m’était familière sur mon épaule. Quand je me suis retourné, il y avait une grande dame aux yeux verts et aux cheveux noirs comme les miens. 
Tout à coup, mon téléphone se met à vibrer. C’était un texto de Samuel.

·       Salut Tom, as-tu trouvé ta mère? (Samuel)
·       Je pense… ( Thomas)
·       Elle ressemble à quoi ? (Samuel)
·       Grande, yeux verts, cheveux noirs (Thomas)
·       Comme toi en fait. (Samuel)
·       Il faut que je te laisse, elle arrive… ( Thomas)
·       Bye Tom (Samuel)

Quand la dame est arrivée, elle m’a proposé d’aller s’assoir dans son salon. J’ai accepté bien entendu. En arrivant, mon cœur s’est arrêté de battre pendant 30 secondes. C’était elle, ma mère. Il y avait des photos de moi quand j’étais bébé. Nous avons parlé ensemble de tout le reste de la journée et j’ai découvert que ma mère est une personne bien qui n’a jamais voulu me faire du mal en sortant de ma vie. Bien au contraire, elle ne voulait pas que je la vois comme elle était. Aussi, ma mère m’a dit qu’elle avait passé les 9 dernières années dans un centre de désintoxication et elle est prête à revenir chez nous, à Saint-Alphonsine, si mon père est d’accord car elle a combattu son problème.

Pendant que Samuel donne des nouvelles de Léa à ma mère, je suis sorti sur le perron suivi d’Élie. On a parlé de tout et de rien pendant des heures jusqu’à ce qu’on voit une étoile filante. Tous les deux on s’est regardés puis on a fait un vœu.

Le lendemain, nous sommes prêts à partir pour saint-Alphonsine sauf que… 

vendredi 23 mai 2014

Un ailleurs lointain qui n’est pas toujours rose nanane...



L’enseignante a pleuré mais je vous jure, le livre n’est pas accablant. Oui, il y a de la tristesse dans l’histoire de Pablo, comme dans la vraie vie. Mais il y a de la joie aussi. Comme dans la vraie vie.

Ça se passait au congrès De mots et de craie, qui se déroulait la semaine dernière à Sherbrooke. Mon récent album, Pablo trouve un trésor, y prenait son tout premier envol. Une enseignante, debout à côté de ma table de signature, a lu l’album devant moi. Et ses larmes ont coulé. J’ai choisi d’interpréter ça comme un bon présage.

On les appelle des pepenadores. Pablo et sa soeur Sofia sont des enfants chiffonniers. De leur bidonville d’Amérique du Sud, ils partent chaque jour travailler dans une immense décharge à ciel ouvert. Fouiller, trouver, se battre, échanger, vendre : voilà leur quotidien


C’est une histoire qui parle de crasse.


C’est une histoire qui parle de cruauté.

C'est aussi une histoire qui parle de joie.

C'est aussi une histoire qui parle d'espoir.
Cette histoire, j’ai médité longtemps avant de l’écrire.
J’ai ensuite retravaillé longuement le texte.
J’ai pesé soigneusement chaque mot.
Car je voulais montrer la crasse, les bobos et la pauvreté sans avoir l’air de dire : "Regardez la crasse et les bobos de ces pôvres pauvres!"
Car je voulais parler de misère sans tomber dans le misérabilisme.
Car je voulais susciter l’indignation sans tomber dans la manipulation.

Le voilà donc enfin sorti au grand jour, ce récit superbement mis en images par Isabelle Malenfant.
Ses illustrations sont un mélange de fusain, de crayon graphite, de pastel et aquarelle. Dans les mots mêmes de l’artiste, elle a utilisé des médiums un peu plus "sales" pour que le lecteur sente mieux la saleté, la poussière....

Mille mercis à Yves Nadon d’avoir cru en cet album qui ne parle pas de princesses en robe de dentelle ou de dinosaures joyeux, mais d’un ailleurs lointain qui n’est pas toujours rose nanane. C'est un grand honneur pour moi que d'être publiée dans Carré blanc, une collection que j'admire depuis longtemps. Merci aux éditions Les 400 coups d’avoir l’audace de publier ce récit qui sort des sentiers battus.

dimanche 18 mai 2014

Une poutine pour… toute l’école



Plus de crottes de fromage! réclame la petite.
La meilleure façon de créer un moment de lecture inoubliable pour des enfants?
Marier la dégustation et le livre.
Allier un banquet pour l’esprit à un festin pour la panse.

L’école St-Thomas de Warren (près de Sudbury) a organisé récemment un événement qui a titillé les papilles gustatives en même temps que les papilles littéraires.

Après avoir lu La plus grosse poutine du monde, les élèves de 7e et 8e année ont cuisiné une poutine pour… toute l’école!
Regardez-moi ces sourires! La poutine rend heureux!
Bravo aux enseignants, Derick Perron et Natacha Minor qui ont déployé énergie, efficacité et enthousiasme pour organiser cette joyeuse ripaille.

mardi 13 mai 2014

Une poutine finaliste




Merci aux libraires de donner du poids à La plus grosse poutine du monde, publiée chez Bayard.
V’là t’y pas mon roman qui se retrouve finaliste au Prix Jeunesse des libraires du Québec 2014! 
En ces temps difficiles pour le monde du livre, mille mercis aux libraires de continuer à former, stimuler, guider, nourrir, exalter et titiller des lecteurs.

 

dimanche 11 mai 2014

Un poisson d’avril percutant et inoubliable


                                Manifestation d’écoliers d’Ottawa contre le Règlement XVII, printemps 1916. Source: CRCCF.                                    
Quand on risque de perdre quelque chose qu’on a toujours tenu pour acquis, ce « quelque chose » devient soudain précieux. C’est ce qu’ont réalisé les élèves de l’école Ste-Thérèse, le 1er avril dernier. Quant à Jeannine Piette, directrice de l’école, elle affirme fièrement que son poisson d’avril 2014 sera l’un des hauts faits de sa carrière en éducation.

Lorsque je me suis présentée cette semaine à cette petite école primaire de Val Thérèse, pour une animation d’auteure dans le cadre du Salon du livre du Grand Sudbury, Jeannine Piette m’a accueillie à l’entrée avec un sourire large comme la porte, son appareil photo en main, sa fougue non retenue et son amour du français clairement affiché.

C’est qu’à Sudbury, voyez-vous, le combat pour la préservation du français est une bataille quotidienne. Et pour Jeannine Piette, c’est une affaire de famille. Une affaire de toute une vie. Le père de Mme Piette a combattu le Règlement 17, cette loi tristement célèbre qui a interdit en 1912 l’enseignement du français dans les écoles de l’Ontario. « Quand mon père était petit garçon, la religieuse dans sa classe enseignait en français, mais en cachette. Il y avait toujours en enfant posté près de la fenêtre, pour avertir l’enseignante si l’inspecteur arrivait », raconte-t-elle.

Jeannine Piette se souvient de la colère de son père, de sa détermination à ne pas perdre sa langue maternelle. Et elle veut que les jeunes Franco-Ontariens d’aujourd’hui se souviennent aussi. Ce printemps, elle a donc décidé d’organiser un poisson d’avril inoubliable.

  Avec la complicité de toute son équipe enseignante, de la bibliothécaire et même du concierge, la directrice a monté un canular aussi sophistiqué que provocant. Le 1er avril au matin, Jeannine Piette annonce aux élèves que le ministère de l’Éducation de l’Ontario vient d’adopter le Règlement 18, une nouvelle loi selon laquelle l’anglais sera la seule langue permise dans les écoles de la province. Les enseignants devront désormais enseigner toutes les matières en anglais et retirer tous les manuels français de leur classe. Ce matin-là, les élèves sont forcés de chanter le « Oh Canada » en anglais. La directrice annonce ensuite son intention de démissionner, en signe de protestation contre ce Règlement injuste.

Au début, les élèves plus âgés croient qu’il s’agit d’une blague et restent sceptiques. Mais le doute s’installe lorsque la directrice passe dans une classe et dit à l’enseignante qui donnait un test de mathématique : « Vous ne pouvez faire ça, l’inspecteur va vous congédier. Cachez votre test le plus vite possible. »

La mystification atteint son apogée lorsqu’un stagiaire en éducation se fait passer pour un inspecteur du gouvernement et tente « d’arrêter » la directrice de l’école. Les émotions fusent. «Quelques élèves pleuraient, d’autres ont dit qu’ils déménageraient au Québec. D’autres élèves ont fabriqué des affiches et se préparaient à dresser une ligne de piquetage», raconte Jeannine Piette.

Quand on risque de perdre le français, qu’on a toujours tenu pour acquis, le français devient soudain précieux…

Vers la fin de l’avant-midi, la mise en scène a assez duré et les enseignants projettent un poisson sur les tableaux blancs interactifs. Puis la directrice circule dans les classes pour raconter aux élèves les anecdotes que son père lui a transmises sur le Règlement 17.

Minutieusement orchestrée par Jeannine Piette et son équipe, cette mise en scène s’est transformée en une leçon d’histoire percutante, dont les élèves de l’école Ste-Thérèse se souviendront sans doute toute leur vie.