
J’ai failli être célèbre en Allemagne. Ben, euh, c’est-à-dire que je me suis imaginé, pour un bref instant, que je pourrais peut-être toucher la gloire au pays d’Angela Merkel… Je me suis laissé voguer sur une jolie chimère : mes livres seraient traduits dans la langue de Goethe et lus par des masses de petits Allemands aux quatre coins du Deutschland.
Pour un moment amèrement fugace, j’ai manqué de lucidité et j’ai glissé vers l’irrésistible attrait de la gloire, l’appel envoûtant de la renommée…
Tout a commencé avec ce foutu courriel que j’ai reçu. Un message entièrement en allemand. Hein? Quoi? Les seuls mots que je comprenais dans ce courriel étaient le titre d’un de mes romans Les Impatiences de Ping. Alors moi, dans ma vanité d’auteure, j’ai aussitôt fait un lien avec un autre courriel, reçu quelques mois plus tôt, d’une enseignante au Département de français de l’Université York, qui me disait qu’elle allait présenter mon roman sur Ping au Congrès biennal de la International Research Society for Children’s literature qui avait lieu cet été à Francfort.
Ne faisant ni de une, ni de deux, je saute à pieds joints sur la conclusion qui me plaisait le plus: cette chercheure avait présenté mon roman au congrès et les éditeurs éblouis par le charme de ma prose se ruaient pour acheter les droits de publication.Je rêvais déjà d’une montée des enchères entre divers éditeurs. Je me voyais déjà reine de la Foire du livre de Francfort, attirant devant ma table un interminable cordon de lecteurs, des files encore plus longues que celles suscitées par une nouveauté de Janette Bertrand ou de Jacques Demers…
Trépignant d’expectative, j’ai expédié illico le fameux courriel à mon beau-frère, qui parle l’allemand.
POW! Froutttt.... (son d'un ballon (ou d'un égo?) qui se dégonfle...)
Dans ce fameux courriel, les organisateurs du congrès me disaient avoir trouvé une trousse pédagogique sur Les Impatiences de Ping et me demandaient s’ils devaient me retourner ou pas ce document.
Et voilà mes rêves de gloire et de grandeur anéantis d'une seule petite traduction...
Si le ridicule tuait, je serais morte sur-le-champ.
Même après moult années de fréquentation de la jungle de l’édition jeunesse, même après m’être frottée plus souvent qu’autrement à la cruelle réalité du milieu littéraire, il semble que je nourris encore (à mon corps défendant) des désirs de gloire, des envies de frapper le filon d’or (lire best-seller). Malgré mon apparente lucidité, je garde toujours espoir d’acquérir un vaste lectorat, j’ai malgré tout cet appétit pour une place un peu plus grande sous les feux de la rampe…
Elle se calme à quelle heure, la soif de reconnaissance?








