mardi 9 novembre 2010

Pour aller plus loin, il faut y mettre les moyens $$$$


Son message était plaintif et poli, insistant un peu, mais pas trop. Elle était bien consciente, l’enseignante, de ce qu’elle me demandait… Et je l’ai trouvé courageuse de le demander.

De plus, c’était la deuxième année de suite que cette enseignante de la région de Montréal m’envoyait le même courriel. La deuxième année de suite qu’elle lisait la description de mon atelier dans le programme du Congrès annuel de l’Association québécoise des enseignants du primaire (AQEP), qu’elle voulait y aller et qu’on lui disait non. Pas d’argent.

Voici ce que cette enseignante m’a écrit: « Je ne sais pas si vous vous souvenez de moi, mais je vous ai déjà écrit concernant votre atelier « Jeux et activités pour donner la piqûre de la lecture à vos élèves.» J'ose encore une fois vous refaire la même demande. En fait, j'aurais aimé assisté au congrès de l'AQEP, mais mon école ne veut pas payer une partie des frais et je ne peux pas absorber tout. J'ai aussi demandé à ce que vous veniez dans mon école, mais on me dit que cela n'est pas le besoin de tous les enseignants... Bref, je sais que vous êtes débordée, mais je me suis dit que si je ne tentais pas à nouveau, je ne le saurais pas. Je pourrais vous téléphoner et on pourrait parler quelques minutes au sujet d'une ou de deux activités amusantes pour animer un livre. Mais si cela n'est toujours pas possible pour vous, je comprendrais. »
Et l’enseignante de conclure, très humblement : « Je ne veux pas être « tannante» et vous déranger encore, mais simplement savoir si vous êtes plus disponible. »

Quoi dire? Quoi répondre? J’ai beaucoup d’admiration pour l’engagement de cette enseignante, pour son désir de se perfectionner, mais je ne peux quand même pas lui présenter des extraits de mon atelier au téléphone. Je lui ai donc platement suggéré d’aller dans la section « Vive les profs » de mon blogue, où elle trouverait des idées d’animation de lecture. Je sais, je sais, c’est un pis-aller. Mais bon.

La semaine dernière, après avoir donné mon atelier au congrès de l’AQEP, j’ai parlé du courriel de cette enseignante à une conseillère pédagogique. Devant mon indignation à l’effet qu’on ne facilite pas toujours le perfectionnement professionnel pour les enseignants qui en expriment le désir, la conseillère pédagogique m’a répondu sur un ton aussi diplomate que laconique : « C’est une question de priorités vous savez… »

Ironiquement, le thème du congrès de cette année était « Vivre ma profession, pour aller plus loin ». Si on ne donne pas aux enseignants les moyens pour aller plus loin, si on n’investit pas dans leur ressourcement, ils sont condamnés à faire du sur-place… Et après, on ira se plaindre du taux de décrochage chez les jeunes…

16 commentaires:

  1. Tu as très bien agi, Andrée. On ne peut pas investir bénévolement (ou à vil prix) de notre temps parce que le MELS ou le MCCF ne subventionne pas adéquatement les programmes culturels à l'école. Et encore moins parce que les commissions scolaires mettent leurs sous ailleurs.

    L'initiative de cette prof est louable et je l'admire grandement. Bravo ! Hélas, ce n'est pas à toi (ni à quelque artiste que ce soit) de boucler le budget de sa radine d'institution.

    (Ceci dit, n'est-ce pas étrange que ce soit moi qui te suggère cette particularité terre-à-terre ? Je prends du mieux.)

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  2. Ouin...

    Disons que tu viens de toucher une corde assez sensible! Mais, étant donné que les murs ont des oreilles, à ce qu'ils disent, je vais m'abstenir de tout commentaire visant notre cher MELS et les C.S.

    Je comprends cette enseignante. Elle a "tremblé et osé". C'est admirable! Mais en même temps, tu as très bien agi. Tu ne peux pas commencer à bénévoler.

    Je rêve depuis longtemps de créer un site Internet avec l'aide d'autres enseignantes pour partager des idées d'animation et d'exploitation à partir d'albums ou de romans. Peut-être un jour.. ou le suggérer à nos conseillères pédagogiques qui travaillent très fort et n'ont sans doute pas le temps de se lancer dans cette aventure.

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  3. Pas facile... Cette enseignante voudrait tellement! Est-ce que ça coûte si cher d'aller à ce congrès? Car si elle faisait la dépense, elle pourrait probablement la passer dans son impôt... Une idée à lui suggérer? Sinon, il y a plusieurs sites d'éditeurs qui offrent des fiches d'activités gratos!

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  4. Andrée-Anne: Ce congrès est ZE congrès! Les chanceux en profitent et lorsque nous avons une enseignante dans l'école qui y va, nous espérons qu'elle ouvrira ses oreilles assez grandes pour partager ses découvertes à son retour.
    L'inscription se situe entre 250$ et 350$, il me semble (pour les membres), et je ne crois pas que ça inclus l'hébergement. Il faut ajouter les frais de transport, repas et surtout... les frais pour payer la suppléante qui sera dans la classe pendant cette/ces journée(s).
    À ce prix-là, de ma poche, je choisis le congrès ou un voyage dans le Sud?

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  5. Julie,
    Es-tu certaine qu'un tel site n'existe pas déjà?

    Andrée-Anne,
    Euh... les fameuses fiches pédagogiques, ouais... bien des enseignants ne connaissent pas leur existence, ou ne vont pas les télécharger... Sans compter que ça ne remplace pas un atelier avec des activités concrètes...

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  6. Camille,
    Ohlala, tu m'étonnes. Et là, je me sens très gênée. Car moi, cet atelier, je l'ai donné gratuitement. Sans être payée. Parce que l'AQEP ne paye pas les conférenciers au congrès. Hum... Je n'en ai pas parlé dans mon billet pour ne pas avoir l'air d'une chialeuse ou d'une martyre... mais c'est effectivement bizarre que la province de Québec ne paye pas les conférenciers à un congrès d'enseignants, alors que la semaine avant, j'avais été généreusement payée par les enseignants du Manitoba pour donner exactement le même atelier... Et que j'ai aussi été payée en Ontario pour le donner. Comme je disais si éloquement.... hum...

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  7. Andrée: Quoi??? Pas payée? Bien voyons! Là, je suis scandalisée!

    Pour le site donnant des idées d'animation et d'exploitation, si tu en connais un, envoie-moi le lien, s.v.p! Souvent, les fiches ont un côté très "didactique", des questions de compréhension de lecture, des pistes pour amener une discussion. C'est très bien, mais ce que je ne trouve pas, c'est des façons d'offrir une histoire... comme un cadeau. Sans demander de faire un travail ensuite. Il y a plusieurs idées très pertinentes dans ta section "Vive les profs".

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  8. Ben la! Je suis partagée, confondue et époustouflée! Tout simplement: Bravo pour le bénévolat, t'es bien bonne! Vive la lecture et la joie simple de la répandre! Justement je m'en vais donner une activité d'éveil à la lecture demain avec les mères-visiteuses de la Fondation avec... une corde à linge magique!
    C'est sur que nous dans le communautaire on a pas les moyens de se payer ton atelier. Je me disais que j'aimerais quand même avoir une liste de tes trucs...tu sais ou me rejoindre! Tu pourrais peut-être la même la mettre en ligne, histoire de permettre au monde entier de répandre les plaisirs de la lecture et allumer nos enfants. Imagine tout ces lecteurs potentiels qui vont se garrocher sur tes livres!

    Ceci dit c'est ben vrai que le MELS est ben cheap de pas te payer.

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  9. Oh que rajouter dans ce débat! Et si je prenais un peu le côté de cette pôvre enseignante! Elle prend son courage à deux mains, elle ose demander puisqu'elle manque de formation. Oui, on peut blâmer le MELS et les CS mais elle, elle est aussi victime dans cette situation. Elle veut faire du bon travail et elle n'a pas les outils pour le faire. Elle tente d'améliorer son enseignement du mieux qu'elle le peut. Pourquoi devrait-elle dépenser son argent personnel pour se former? Dites-moi quel travailleur dans l'entreprise privée ou au gouvernement tolérerait cela? La petite dame, elle fait déjà des heures de bénévolat en corrigeant et en préparant ses cours à la maison le soir. Elle achète, fort probablement, comme la grande majorité des enseignants, les collants, les petites récompenses pour les enfants en payant de sa propre poche. Assez, c'est assez! Notre système d'éducation est malade, il faudrait, comme ton titre le dit bien, investir dans celui-ci afin d'avoir des enseignants mieux formés qui pourront ainsi mieux travailler auprès de nos enfants...

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  10. Oui beaucoup de prof se sentent les mains liées et les pieds enchainés.
    J'espère que cette enseignante sauras trouver un moyen pour aller plus loin, que ce soit avec votre aide ou non.
    xoxo
    -Jane

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  11. Je me demande s'il n'y a qu'au Québec que les institutions concernées (lire CS et les ministères) soient aussi chiches, mesquines, pingres, liardeuses et pouacres. Honteux d'obliger profs et artistes à donner gratuitement (voire payer) de leur temps et de leurs poches pour permettre aux enfants de bénéficier de la culture et de l'enrichissement qui vient avec.

    Andrée, tu es formidable. Cette prof, elle est extraordinaire. Mais les bureaucrates me font enrager. Si je ne me retenais pas, je dirais que je suis contrarié.

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  12. Julie,
    D'accord avec toi pour le côté didactique des fiches. Il faut revenir davantage vers le ludique pour donner le goût de lire aux enfants.

    Dodo,
    Je vais t'envoyer des trucs très bientôt.

    Martine,
    T'as pas besoin de défendre l'enseignante. On est tous et toutes de son bord à elle!!!!

    Jane,
    Pas jojo cette image du prof enchaîné... Mais sans doute vrai pour certains...

    Camille,
    Liardeuses et pouacres?! Là c'est toi qui enrichit ma culture. Pouacre! J'adore ce mot! Cher Camille, tu as l'indignation éloquente...

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  13. À mon école, les profs de français ont demandé d'être libérés de la journée pédagogique de vendredi prochain pour aller au Salon du Livre et savez-vous ce que le directeur leur a répondu? Que ce n'était pas dans la mission de l'école. Que de permettre aux profs de français d'aller au Salon du Livre, c'était comme permettre aux profs de sciences d'aller au Salon Chasse et Pêche! Ri-di-cule!

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  14. Sophie,
    Ciel! C'est quand même incroyable!

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  15. Next time you do an event like this, especially unpaid, you should ask for guest passes for entrance to the event. You could then use these guest passes for a teacher like the one you wrote about, or for teachers that have shown you in the past that they are comitted to the profession.

    Most times these events have a guest list at the door for VIPs. You could ask to add some names, people you need to help set up your workshop etc.

    It is too bad you could not help out this teacher, volunteering is wonderful but it should not come from ones direct source of income. La Classe de Madame Caroline was appropriate volunteer work, giving this teacher your hard work is not.

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  16. Excellente idée Roy. Je vais m'en souvenir la prochaine fois: je veux des laisser-passer VIP et après je les offre en cadeau!
    Merci!

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