mercredi 1 décembre 2010

Ce qu’il faut pour terminer un manuscrit en beauté…


Pour quelle raison un petit garçon voudrait-il faire pleurer son papa?
Oui, dites-moi, pour quelle raison?
Je me suis creusé les méninges pendant plusieurs semaines pour la trouver cette raison.

Mais commençons par le début.
Je croyais avoir terminé mon nouvel album, le troisième de la trilogie. Cette histoire devait succéder aux deux précédentes : Mon papa ne pue pas et Mon papa n’écoute pas.

Je croyais avoir rédigé la fin de cette histoire, mais ça c’était avant de la faire lire à une amie auteure. Une excellente lectrice, doublée d’une critique impitoyable. Comme je les aime.

Et ma lectrice me dit : il manque un élément important dans ton texte. On ne comprend pas la motivation du garçon. Pourquoi veut-il absolument faire pleurer son père?

Et j’ai cherché.
Cherché.
Cherché.

Pourquoi le garçon veut-il faire pleurer son père?
Parce qu’il est curieux?
Pas convaincant.
Pour le consoler?
Pas convaincant.
Pour voir si son papa a des émotions?
Pas convaincant non plus.

Comme je ne trouvais pas, j’ai fourré le manuscrit dans un tiroir et je l’ai laissé s’empoussiérer.

Puis, au Salon du livre de Montréal, j’ai placoté de cette embûche avec l’énergique adjointe à l’édition chez Isatis. En plus d’être une passionnée de littérature jeunesse, d’avoir l’esprit vif et la curiosité aiguisée, la dame Rhéa a étudié en psychologie. Elle l’avait le bagage pour me débloquer mon blocage. Elle me lance comme ça, tout bonnement: « Le garçon veut que son papa pleure, car il veut pouvoir lui-même pleurer sans se faire dire: « Un homme, ça ne pleure pas. »
Tope là! Heureusement que Rhéa est là!

Après avoir colmaté cette grosse brèche dans mon intrigue et renforcé ainsi le profil psychologique de mon héros, j’ai balancé de nouveau mon manuscrit dans l’arène de mes amies-critiques. L’une d’entre elles m’a suggéré une rigolote idée pour éviter de pleurer en épluchant des oignons. La deuxième m’a souligné en rouge les passages kétaines. La troisième m’a fermement rappelé à l’ordre quand je sombrais dans la « psycho-pop ».

Non mais qu’est-ce que je ferais sans mes lectrices??? On dit qu’il faut un village pour élever un enfant. Je dis aussi qu’il faut un cercle de lectrices/critiques pour terminer un manuscrit en beauté.

7 commentaires:

  1. Oh là là! Il n'y a pas un code d'éthique de l'auteur qui, comme les psy, les avocats, les journalistes fait qu'il doit respecter le secret, l'anonymat de ses sources... :))

    RépondreSupprimer
  2. Cercle précieux.
    Et quelle émotion quand vint le petit miracle de déblocage.

    RépondreSupprimer
  3. Oh, là, là! Je ne savais pas que tu avais autant de lectrices! Tu es très courageuse!

    RépondreSupprimer
  4. Chère Martine,
    Tu n'es pas ma source, tu ne m'as pas dévoilé de secrets d'État et tu n'as aucune raison de vouloir garder secret ton dévouement de lectrice bénévole et tes qualités de critique...

    Claude,
    Oui, oui, je me compte très chanceuse d'avoir d'aussi bonnes lectrices.

    Andrée-Anne,
    Mais je ne me sens pas courageuse. Je me dis qu'il ne faut pas laisser son ego ou sa fierté se mettre dans le chemin d'une révision sévère. Et tu sais, je n'ai pas beaucoup de lectrices, quand je pense qu'aux États-Unis, la plupart des auteurs ont leur "critique group", ce qui signifie qu'ils font lire et commenter leur manuscrit par plusieurs collègues et lecteurs, parfois jusqu'à une douzaine... On aurait avantage, nous les francophones, à s'inspirer de cette formule qui permet au créateur de s'améliorer et de s'enrichir des idées de ses pairs...

    RépondreSupprimer
  5. quelle belle idée pour lepersonnage du petit garcon ! ca lui donne une vraie valeur et une certaine poésie... On sort tout de suite du cliché ! L'image est très belle aussi.

    Voila une sympathique découverte de ma journée que votre blog :) Je serais honoré de figurer parmi vos blogs amis si vous envisagiez d'y penser.

    JulienLootens.com

    RépondreSupprimer
  6. Don't forget your "lecteur"s. I may not have my own blog but... He shoots, he scores, they win.

    RépondreSupprimer
  7. Oh mon dieu, Roy, toutes mes excuses. Comment est-ce que j'ai pu oublier mon lecteur!!! Surtout qu'ici, l'idée du hockey venait justement de toi!!!

    RépondreSupprimer