mercredi 17 mars 2010

Changer le monde... un jeu à la fois


Qui aurait cru que des enfants pourraient avoir autant de plaisir à fouiller dans un sac poubelle?
Qu’ils pourraient réclamer avec autant d’enthousiasme leur tour pour choisir (à l’aveuglette) un déchet?
C’est pourtant vrai!
Je l’ai vu de mes yeux vus, à l’école Carle, à Gatineau.

Afin de donner aux enfants le goût de lire, Kanie Beaupré-Parent, l’orthopédagogue passionnée de l’école Carle a créé un jeu d’une simplicité impeccable mais d’une efficacité redoutable. Ce jeu est construit autour de l’album Mon papa ne pue pas, qui raconte l’histoire d’une petite fille qui se fait taquiner parce que son papa est éboueur.
Ce jeu constitue aussi une façon ludique et comique de découvrir une réalité pas comique du tout: les dommages causés par nos déchets.



Tout d’abord, Madame Kanie a déniché une série de photos de déchets.
Derrière chacune des photos, elle a inscrit une question portant sur l’album.


Elle a ensuite fait laminer les photos, afin qu’elles puissent être manipulées de nombreuses fois par des petites mains collantes, pour plusieurs classes et plusieurs joutes.
Dernière étape : flanquer ces déchets « plastifiés » dans un sac de déchets.
Et voilà, le tour est joué.

Après, on n’a plus qu’à se fier au sens du jeu des enfants, à leur curiosité innée et à leur plaisir de tomber sur un trésor inattendu, même si ce n’est qu’un morceau de carton tiré d’un sac de plastique.

Comme Madame Kanie a eu la gentillesse de me donner une copie de son jeu, je l’ai testé dans plusieurs classes au cours des dernières semaines.
Oh que je me suis amusée!
Il faut voir les enfants trépigner d’excitation en attendant leur tour pour piger un déchet!
Il faut les voir brandir fièrement la cannette écrapoutillée ou la pelure de banane pourrie, tandis que les autres élèves autour proclament le nom de l’endroit où doit se retrouver le déchet :
- Poubelle!
- Recyclage!
- Compost!

Madame Kanie a pris soin de compléter le jeu par une fiche d’information sur la durée de vie des déchets. 450 ans pour un sac de plastique. Stupéfiant. 1000 ans avant qu’une bouteille en plastique se désagrège dans le sol. Sidérant.
« C’est pas vrai! » s’exclament les enfants incrédules. 1000 ans pour eux, c’est l’éternité.


Quand je vois ainsi la réaction des enfants, leur intérêt pour l’environnement, l’indignation spontanée de certains, je me prends à rêver en couleurs.
Et je m’imagine que la petite rousse en 3e année rentre à la maison et dit à son père: «Papa, on devrait acheter un bac de compost pour la cour. »
Et je m’imagine que le blondinet en 2e année rentre à la maison et dit à sa mère:« Maman, on ne devrait plus acheter des bouteilles en plastique.»

Changer le monde… un jeu à la fois…

mardi 16 mars 2010

Vive les chocolats qui pétillent



Chocolats pétillants fabriqués par Kanie Beaupré-Parent, orthopédagogue à l'école Carle, Gatineau.

Imaginez du chocolat qui fait comme un feu d’artifice dans la bouche.
Vous prenez une bouchée de ce chocolat et votre salive déclenche l’action du sucre pétillant.

Et ça fait pop! pop! pop! contre le palais.
Jusque dans les oreilles!
C’est très bon, trop drôle et totalement déroutant.

Imaginez une enseignante qui commence à lire à ses élèves un roman sur ces chocolats qui pétillent.

Imaginez la même enseignante qui fabrique ensuite ces chocolats affriolants pour les faire goûter à ses élèves.
Après cette rigolote dégustation, pensez-vous que les enfants auront envie de lire la suite du roman?

Il y a des profs qui n’ont pas leur pareil pour imaginer des façons créatives d’attirer les enfants vers la lecture. C’est le cas de Kanie Beaupré-Parent, orthopédagogue à l’école Carle, à Gatineau.

D’abord, elle a lu aux élèves le premier chapitre de mon roman.
Dans cette histoire, l’héroïne (l’indomptable Babette) et ses copains s’affrontent dans une série de concours, afin de gagner des chocolats qui pétillent. Pour le premier concours, les enfants doivent fabriquer une sculpture en guimauves.

Les élèves de 1ère et 2e année de l’école Carle, avec l’aide de Mme Kanie, ont donc fabriqué des sculptures en guimauves.



Ensuite, Mme Kanie s’est présentée en classe avec une boîte de chocolats qui pétillent.
Fabriqués par nulle autre qu’elle-même. Exactement comme dans le roman!


Voici comment cette orthopédagogue a organisé la dégustation des chocolats, dans ses propres mots:
« Pour maintenir le suspense, l'équipe gagnante au concours devait goûter en premier le chocolat. Elle a donc dégusté devant tous les autres élèves les premiers chocolats. Les "goûteurs" devaient déclarer si oui ou non les chocolats faisaient vraiment "pop-pop". Les "spectateurs" attendaient donc la réaction des "goûteurs" avec intérêt. Le tout était de faire croire qu'il était possible que cela ne fasse pas vraiment comme dans le livre...

Dès qu'il y a eu les premiers pétillements sur la langue, les "goûteurs" ont crié que "ça marche, ça fait pop-pop pour vrai! » Cette façon de faire n'a pris qu'une seule période de 60 minutes et les enfants en ont gardé un vif souvenir. La rareté de ce type de chocolat lui donne un attrait imparable», a expliqué Kanie Beaupré-Parent.

N’est-ce pas qu’il faut les encenser, les remercier et les encourager ces profs, qui sont engagés et enthousiastes, novateurs et créateurs? Chapeau Madame Kanie!

Pour les enseignants ou les parents ou simplement les amoureux du chocolat, qui auraient envie de faire l’expérience de ces fameux chocolats qui pétillent, voici la recette hyper-simple, telle que concoctée par Kanie Beaupré-Parent:

Recette de chocolats qui pétillent:
- Acheter du chocolat (marque "Swiss delice » ou autre) sous forme de petits carrés emballés individuellement
- Acheter du sucre qui pétille (disponible sur Amazon ou plus simplement, acheter au dépanneur les sachets de bonbons Pop-Rocks
- Faire fondre quelques morceaux à la fois au four micro ondes durant quelques secondes (entre 20 et 35 secondes).
- Verser dans des moules et laisser refroidir.

J'y ai goûtés! Ils sont aussi succulents que désopilants.

Demain: Comment Madame Kanie a piqué l’intérêt de ses élèves avec les déchets contenus dans un sac poubelle.

lundi 15 mars 2010

Quand hip hop et lecture font bon ménage

Ils chantent, ils dansent et ils brandissent à bout de bras leurs livres.
Ça donne envie de chanter, de danser et de lire!

Comme quoi hip hop et lecture peuvent faire bon ménage.
Grâce aux Black Eyed Peas.

jeudi 11 mars 2010

Des dollars défroissés


Ma marraine Thérèse fait la meilleure galette au chocolat au MONDE. Et je n’exagère pas une miette. Je vendrais mon âme (et mes droits d’auteure, même si ce ne sont que des miettes…) pour manger de sa galette chaque semaine.

Cette semaine, j’ai reçu – non pas de la galette au chocolat - mais une carte de ma marraine, qui a 78 ans.
Une jolie carte (avec en vedette mon oiseau préféré) écrite à la main et envoyée par la poste!
Le message à l’intérieur avait été rédigé d’une main minutieuse (avec une règle au-dessous des phrases, pour faire plus beau).
Ça m’a émue.
Je reçois si peu de carte par la poste maintenant.
Encore moins des cartes écrites à la main.
Quand j’ai appelé pour la remercier, ma marraine m’a confié qu’elle avait même fait un brouillon.
Ça m’a doublement émue.

Dans cette carte, ma marraine a écrit :
« Il est vraiment déplorable que les enfants et mêmes les grandes personnes ne lisent plus. J’ai été obligée de me débarrasser de mes livres que personne ne voulaient. C’est la Sally Ann qui en a profité, même que j’y avais caché des un dollar et des deux dollars pour les défroisser. »

Ce sont les filles de Thérèse qui ont envoyé ses livres à la St-Vincent-de-Paul (que ma tante franco-ontarienne appelle la Sally Ann…) sans lui donner le temps d’en retirer son argent (ah… ces coquines cousines…)


Comme ma marraine, ça me décourage de constater que tant de gens ne lisent plus.
Comme ma marraine, ça m’a découragé de constater, l’été dernier, que personne ne voulait de mes livres…

Mais j’ai souri en m’imaginant la réaction des gens qui ouvriront ces livres achetés pour 25 sous à la St-Vincent-de-Paul et trouveront ces vieux billets de un et de deux dollars. Des billets plus froissés du tout…

mercredi 10 mars 2010

Revenons aux poupées de chiffons...



Source: Mother Jones.
Pour voir les détails, cliquez ici.

Même quand nos filles avaient l’âge de jouer à la Barbie, nous boycottions Barbie.
Décolleté trop plongeant.
Lolos trop gros.
Talons trop hauts.
Jupe trop mini.
Comme poupée, je trouvais ça totalement incongru pour une fillette de 4 ans...

Quand j’apprends ce qu’il en coûte, en termes environnementaux, pour emballer une Barbie, je rêve de voir se créer un vaste mouvement pour boycotter la poupée de Mattel.

Pour emballer une Barbie, on gaspille:
-550 pouces carrés de plastique
-435 pouces carrés de carton (extérieur de la boîte)
-385 pouces carrés de carton (intérieur de la boîte)
-45 pouces de fil de métal
-30 morceaux de ruban adhésif
-5 élastiques

Tout ça pour emballer une simple poupée de plastique! On ne parle quand même pas de porcelaine de Limoges!

Quand on sait que deux poupées Barbie sont vendues à chaque seconde dans le monde, imaginez l’Everest de déchets au bout d’une année!

C’est nos arrières grands-mères qui avaient raison… en fabriquant leurs poupées de chiffons.

mardi 9 mars 2010

Un poker à Lascaux


Pendant 13 ans, quatre Montréalaises économisent chaque cenne libre, qu’elles conservent soigneusement dans un gros cochon rose.
Treize années d’attente et d’épargne avant d’avoir les moyens de s'envoler vers la France pour voir ce site dont elles rêvent depuis si longtemps : la grotte de Lascaux.
Le jour où les quatre femmes s’y rendent enfin, elles se butent à une porte close: le site est fermé au public.
Et c’est le drame.
Pour connaître la suite de ce récit inclassable, il faut lire Un poker à Lascaux, de Normand de Bellefeuille.

Ce 30e ouvrage de l’auteur est souvent hilarant, souvent poétique, parfois nostalgique et parfois carrément tragique.
Avec élégance et originalité, Normand de Bellefeuille tisse à même l’intrigue le fil conducteur du roman, cette fameuse grotte de Lascaux qui revient à plusieurs reprises: dans les cartes de poker, la nuit dans l’obscurité terrifiante d’un sous-sol, par la bouche d’une enseignante du primaire d’emblée adorée, dans le visage d’une aïeule mourante…

J’ai parlé de ce roman samedi dernier à ma chronique aux Divines Tentations, qu’on peut écouter ici.

dimanche 7 mars 2010

Pas de quoi célébrer



(Photo: femme de la province du Yunnan en Chine, été 2009)

Le 8 mars, on célèbre la Journée de la femme.
Si on regarde le portrait global de la situation des femmes, y’a pas quoi de célébrer.
Vraiment pas de quoi.

Pauvreté
Sur le milliard de personnes les plus pauvres de la planète, 70% sont des filles et des femmes.

Éducation
Les filles et les femmes constituent 2/3 de la population analphabète du monde entier.

Violence

On parle ici d’une pandémie mondiale : 70% des femmes sont victimes d’une forme de violence familiale domestique. Un problème universel qui touche les femmes dans toutes les régions et tous les pays.

Mortalité maternelle

Chaque année, plus de 500 000 femmes et jeunes filles (surtout dans les pays en développement) meurent des suites de complications en cours de grossesse, à la naissance ou après un accouchement. Des complications qu’on pourrait largement prévenir et traiter.

Travail
Les femmes travaillent un plus grand nombre d’heures que les hommes, autant dans les emplois rémunérés que dans le travail non rémunéré. Souvent maintenues dans des emplois précaires et faiblement rémunérés, elles sont plus vulnérables en période de crise économique et financière.

Accès à la terre
Les femmes font pousser de 60 à 80% de la nourriture sur le globe, mais ne sont propriétaires que de 2% des terres. Moins de 10% des crédits financiers du monde sont accordés à des femmes.

15 ans après la Conférence mondiale sur les femmes de Beijing, cette grande messe où les gouvernements avaient fait moult promesses, la bataille pour "les mêmes droits et les mêmes chances" est loin d’être gagnée.
Et toutes ces jeunes femmes qui disent qu’elles ne sont pas féministes.
Parce qu’elles « n’ont pas besoin de l’être »…
Ça me scie.