lundi 28 juin 2010

Ça peut avoir l'air facile mais ça ne l'est pas du tout



Dans la dernière année, j’ai essuyé quelques refus d’éditeurs sur des manuscrits d’album. Après en avoir publié une demi-douzaine, je croyais avoir saisi la technique. Mais écrire des albums est un art difficile. Bien des auteurs talentueux s’y sont cassé les dents.

Pourtant, combien de fois ai-je entendu des gens (qui n’écrivent pas…) me dire avec une assurance plutôt naïve: « Moi aussi je vais écrire un album », comme si c’était aussi simple que d’aller prendre une marche autour du bloc.
Parce que les albums ont peu de mots et présentent des histoires (en apparence) simples, les non-initiés s’imaginent que c’est facile.

L’auteure australienne Mem Fox résume très bien le formidable défi de créer ce type de livre: « Écrire un album, c’est comme écrire Guerre et paix en haïku. »

vendredi 25 juin 2010

Où le livre prend vie

Ces jours-ci, je fais de la recherche sur les bandes annonces littéraires, en vue d’un article pour cet incontournable magazine. En vue aussi d’un projet qui sera réalisé cet automne avec des étudiants du secondaire de mon patelin, autour de mon roman Miss Pissenlit.

Ces bandes annonces pour livres, j’en ai vu de toutes les sortes. Des sublimes, des poches, des plates, des provocantes, des pédantes, des passionnantes, des "pas-rapport", des artistiques et des poétiques.

Ce que j’aime de celle-ci, c’est qu’elle a été entièrement réalisée avec… devinez quoi? Un livre. Il faut regarder ce petit film jusqu’à la fin pour vraiment comprendre l’expression « où le livre prend vie. »

mercredi 23 juin 2010

Envoyer nos leaders palabrer sur l’île de déchets


Depuis des années qu’elle me fascine cette île. Depuis des années que je me dis qu’il faut que je trouve une façon de pondre une histoire sur ce sujet. Et l’idée géniale du chanteur Bruce Cockburn n’a fait que redoubler mon intérêt d’écrire sur cette horreur.

Cette île a divers noms :
- Grande zone d’ordures du Pacifique
- Great Pacific Garbage Patch
- Grand vortex du Pacifique nord
- Soupe de plastique
- Septième Continent

Cette île qui flotte dans l’Océan Pacifique est le plus grand dépotoir au monde.
Sa taille équivaut à environ trois fois la superficie du Québec.
Un petit 4.5 millions de kilomètres carrés de déchets.
Elle contient environ 100 millions de tonnes de restes de plastique.
Et comme l’être humain sait si bien saccager sa planète, ces plastiques ne sont pas biodégradables.

Lorsque le Globe and Mail lui a demandé récemment son opinion sur les sommets du G8 et du G20, ce cher M. Cockburn a dit que les leaders de ces pays devraient tenir leur réunion sur l’île de déchets de l’océan Pacifique. « Ils devraient s’asseoir là, regarder ce qui les entoure et faire leurs décisions. »

lundi 21 juin 2010

Que celui qui n’a jamais pété jette la première pierre…



J’ai raconté ici comment, lors d’une animation dans une école primaire d’Ottawa, j’avais été confrontée à un dilemme cornélien : dire ou ne pas dire le mot pénis devant des enfants de six ans.

Et bien, la semaine dernière, un auteur jeunesse d’Ottawa a été confronté lui aussi aux démons du puritanisme. Kevin Bolger lisait un extrait de son livre à l’école de Manor Park, à Ottawa, lorsque la directrice a interrompu sa présentation, devant 200 enfants, sous prétexte que certains mots utilisés par l’auteur n’étaient pas appropriés.

La directrice de l’école n’avait pas lu le livre de Kevin Bolger. Mais elle n’a pas aimé le mot pet. Pourtant, pourtant… quand on invite à son école un écrivain qui a écrit un livre dont le titre annonce le personnage principal comme étant Sire Pète-Beaucoup, il faut s’attendre à ce que l’auteur en question parle de pets. Ça saute aux yeux non?

Et qu'y a-t-il de si répréhensible à parler de gaz intestinal? C’est une fonction corporelle tout à fait naturelle. Et que celui qui n’a jamais pété ose jeter la première pierre…

Par ailleurs, l’un des personnages du livre de Kevin Bolger s’appelle Mme Imavitch, qui en anglais rime avec b…itch »… qui au sens propre signifie… chienne ou au sens figuré signifie… garce. D’après les médias, la directrice n’a pas aimé le SON de ce mot…

Tiens, ce serait comme faire en classe une lecture qui parle de phoques et se faire dire par la direction de l’école que ce n’est pas approprié parce que ça rime avec F…uck… On touche au nec plus ultra de l’imbécillité.

On peut s’esclaffer, ridiculiser cette crétinerie et dire qu’il s’agit là d’une tempête dans un verre d’eau. Mais comme disait si éloquemment mon amie Mireille, auteure jeunesse franco-ontarienne: « Tu parles d’un abus de pouvoir et d’une leçon de “ferme-ta-yeule-sinon” à donner aux élèves… »

jeudi 17 juin 2010

Leçon d'écriture



«Ne me dis pas que la lune brille : montre-moi le reflet de la lumière sur un morceau de verre brisé.»

Une si courte phrase et nous voilà pourtant devant une leçon d’écriture complète.
Merci Monsieur Tchekhov.

mardi 15 juin 2010

Quelles sont vos peurs?



Louka cent peurs
. Sophie Rondeau. Vents d’Ouest. 79 pages.

Qu’est-ce qui vous fait peur? Les araignées? Le sang? La mort? Avoir des poux? Péter en public? Dire à quelqu’un que vous l’aimez? Voilà quelques-unes des peurs (certaines totalement terrifiantes et d’autres résolument rigolotes) répertoriées par Louka dans ce mini-roman irrésistible. Humour, originalité et suspense se côtoient ici, avec une pirouette finale joyeuse et inattendue. Signée Sophie Rondeau, cette histoire désopilante a raflé récemment deux honneurs: le Grand Prix du Livre de la Montérégie ainsi que le White Ravens, la prestigieuse sélection internationale des meilleurs livres jeunesse. Des reconnaissances amplement méritées.
Pour ceux qui cherchent des suggestions de lectures pour jeunes, l’auteur a un tout nouveau blogue très joliment intitulé Le signet des enfants.

J’en ai parlé samedi, aux Divines Tentations de Radio-Canada, ici.


Chapeau Charlotte. Mireille Messier. Illustré par Benoit Laverdière. Éditions de la Bagnole.

Ça ressemble à quoi une charlotte qu’on s’enfonce sur la tête? Et au sommet de l’Himalaya, la chapka protégera-t-elle vos oreilles du froid? Et qui porte un képi à Paris? Pour des réponses à ces questions, ouvrez l’album enchanteur de Mireille Messier, publié par la Bagnole. Grâce à sa mamie Bibi, chapelière de son métier, la jeune Charlotte voyage de part le monde coiffée de couvre-chefs variés. Cet album rime, pétille, enrichit notre vocabulaire et nous fait voyager.


Le secret des diamants. Katia Canciani. Illustré par Geneviève Côté. Bayard

J’ai beaucoup aimé sa Lettre à St-Exupéry, dont j’ai parlé récemment ici. Et voilà que Katia Canciani nous revient avec tout autant de tendresse et de poésie, cette fois adaptées aux petits. Une orpheline malheureuse et un peu sauvage habite seule dans une caverne au bord de la mer. Un jour, une géologue à la recherche de pierres précieuses se retrouve coincée dans la caverne par la marée montante. Elle tentera d’apprivoiser la fillette rebelle en lui parlant des pierres précieuses et des secrets de la Terre. Flirtant avec le fantastique, ce récit est porté par une écriture et une atmosphère envoûtante, renforcée par les illustrations doucement romantiques de Geneviève Côté.

dimanche 13 juin 2010

De la puissance d’un simple message…


De l'envie, il y en a entre auteurs.
Dire le contraire serait faire preuve de naïveté ou de malhonnêteté.
Les écrivains sont humains après tout et peuvent très bien se réjouir du triomphe d’un auteur et en même temps avoir envie de ses succès pour lui-même.

Chaque fois que je lis un bon, un grand livre, je suis secouée par des émotions contradictoires à l’égard de l’auteur. Désir bouillonnant de lui dire merci, merci, merci, pour cet immense plaisir de lecture que vous venez de m’offrir. Et aussi un petit pincement de jalousie : pourquoi je n’écris pas aussi bien que X, aussi bellement que Y?

Depuis des années, je me promets d’écrire à mon auteure jeunesse préférée, pour lui dire à quel point j’aime ses bouquins. Tous. À quel point son œuvre me nourrit, me stimule, m’enchante. Mais je n’ai jamais osé. Par pudeur et par paresse. En me disant, elle est déjà tellement populaire cette dame Murail que ça ne donnerait sans doute pas grand-chose : une lettre de plus ou de moins…


Mais cette semaine, j’ai reçu un message d’une auteure que j’estime beaucoup. Elle m’a écrit un petit mot, simple, enthousiaste et oh combien chaleureux, sur mon récent roman. C’est comme si on m’avait fait une piqûre à l’hélium… je flottais.
Un simple message, qui m’a fait jubiler et a même fait taire (provisoirement) les doutes.
Et je n’en revenais pas de constater la puissance d’un simple message, de voir comment quelques mots d’encouragement peuvent décupler le désir d’écrire.

À mon tour, j’ai écrit un message, simple, enthousiaste et je l’espère, chaleureux.
À la dame Murail.
Et j’ai pesé sur SEND.