
Chaque fois que je vais rendre visite à mes parents, je passe devant un parc industriel où l’on vend des véhicules récréatifs, ces mastodontes motorisés dont certains sont de véritables maisons sur roues.
Bien sûr qu’ils sont gros, bien sûr qu’ils puent la consommation ostentatoire, bien sûr qu’ils sont catastrophiques sur le plan environnemental. N’empêche. Chaque fois que je les vois, ces énormes campeurs, j’ai ce rêve fou qui fait de l’écume dans mon esprit.
Je rêve de vendre tout, mais vraiment TOUT. La maison et tout ce qu’elle contient.Me défaire de tous mes biens, me délester de tout mon bric-à-brac (même les livres). Me débarrasser de toutes ces choses qui m’encombrent pour m’acheter un de ces motorisés. Ce n’est pas tellement que j’ai le goût de la bougeotte, mais plutôt que je sens, que je SAIS, que mes possessions m’accaparent. M’alourdissent.
Je m’imagine très bien, vivant une vie ascétique dans mon campeur. Une vie réduite à son essence même: se nourrir, dormir, lire et écrire… Je m’imagine le fabuleux sentiment de liberté qu’on doit ressentir à ne rien posséder. On doit se sentir si léger, si aérien…
Je suis loin d’être une consommatrice (autour de moi, on n’arrête pas de s’étonner que je n’ai ni le câble ni le téléphone cellulaire) mais pour moi, c’est encore trop…Depuis longtemps, les sirènes de la simplicité volontaire m’attirent avec leurs chants envoûtants. Mais si j’ai de fortes inclinations anti-consommation et anti-conformiste, il me manque le culot d’aller jusqu’au bout. Car ça prend de la force morale, de l’audace tenace pour aller à contre-courant de l’ACHETER et de l’AVOIR, si forts dans notre société d’aujourd’hui.
Récemment, nous avons reçu à souper un couple avec de jeunes enfants. Pour amuser la fillette de deux ans, mes filles ont sorti leurs anciennes bébelles: robe de princesse, sacoche brodée, singe et renard en peluche, maracas, etc. Empêtrée dans sa robe de princesse, la fillette se promenait partout, les bras chargés de ces jouets. Devait arriver ce qui arriva. Elle est tombée dans l’escalier menant à notre salle de jeu. Heureusement, elle a eu plus de peur que de mal. Entre deux sanglots, elle hoquetait : sacoche, singe, renard, maracas… Ce n’est qu’une fois qu’elle a eu les bras chargés de toutes ses bébelles qu’elle a cessé de pleurer.
Et ça m’a frappée. Alors que les objets me sont un fardeau, ils étaient pour elle un réconfort. Et elle n’a que deux ans! Est-ce qu’on nait avec ce désir inné de posséder des choses? Est-ce l’âge qui fait que nos possessions (acquises au prix de mois et d’années de travail…) se transforment en un fardeau?




