dimanche 2 mai 2010

Dépêchez-vous M. l'Auteur, j'ai hâte de lire votre prochain livre


Et les hommes sont venus, Chris Cleave. Nil. 352 pages
Deuxième roman de l'auteur britannique Chris Cleave, dont j’ai parlé dans ma chronique de samedi dernier aux Divines Tentations


Cher Chris Cleave,

L’éminent critique français, Pierre Assouline, a dit de votre premier roman Incendiaires qu’il l’avait lu en marchant tellement il était prenant.

Et bien, je vais reprendre le bon mot de M. Assouline et répéter la même chose au sujet de votre deuxième roman Et les hommes sont venus. Je l’aurais lu en marchant s’il m’avait fallu le faire.
Vraiment.
Mais dès que je l’ouvrais, votre fameux livre, je n’avais plus la moindre envie de bouger, plus la moindre envie de quoi que ce soit qui m’obligerait à m’en extirper.

Le saviez-vous à quelle intensité votre intrigue nous accroche? À quel point on veut que ça « finisse bien » pour votre inoubliable Petite Abeille, cette jeune Nigériane traquée dans son pays, puis traquée en Grande-Bretagne, cette adolescente qui a vu les pires horreurs mais qui persiste à sourire devant un rayon de soleil?

Et saviez-vous qu’on se tortille d’inconfort devant le dilemme moral de Sarah et Andrew, qui tenteront (ou ne tenteront pas…) d’aider Petite Abeille. Et qu’on comprend bien (oh, si bien…) le manque de courage de l’un et les trahisons de l’autre…

Cher Chris Cleave, je vous remercie d’avoir mis tout ce que j’aime (et encore plus) dans votre roman :
- du drame
- de l’humour (parfois noir, parfois tendre, souvent ironique…)
- des personnages si étoffés qu’on a l’impression de les avoir toujours connus.
- des thèmes ambitieux (l’injustice, la cruauté, la solidarité) mais pas de réponses toutes faites.
- des images d’ailleurs (du Nigéria à une banlieue huppée de Londres)
- du suspense
- de l’intensité
- du rythme.
- du lyrisme.

Cher Chris Cleave, maintenant que je vous ai découvert, je vous suivrai à la trace.
Dépêchez vous!
J’ai hâte de lire votre prochain livre.

jeudi 29 avril 2010

Dire ou ne pas dire le mot pénis?



Comme j’ai déjà parlé de pipi sur ce blogue, ici et ici, je ne vais pas en reparler encore aujourd’hui.

Je vais cependant rester dans les mêmes eaux (hum…) et parler de pénis.
Comme dirait ce cher Guy A., voici la question qui tue:
Dans une classe de maternelle, devant 20 enfants de 4-5 ans, peut-on dire le mot pénis ou devrait-on plutôt dire :
- bijou de famille?
- zizi?
- quéquette?
- baguette?

Je reviens d’un petit séjour à Newmarket pour des animations scolaires. J’ai échangé là-bas avec des profs sur la controverse autour de la désormais célèbre réforme du programme d’éducation sexuelle destiné aux élèves du primaire. Ce nouveau programme, où le Ministère proposait de renseigner les jeunes sur la masturbation, le sexe anal et la fellation, est mort avant même d’avoir pu être testé, grâce à la levée de boucliers des parents catholiques et musulmans. Oui, certains coins de l’Ontario sont encore assez traditionnels merci.

J’en avais eu la preuve quelques semaines plus tôt dans une classe de maternelle en banlieue d’Ottawa. Quand j’ai proposé de leur lire un de mes albums, les petits ont réclamé à grands cris Pipi dehors. J’ai vu tout de suite que l’enseignante n’était pas à l’aise. Debout derrière la classe, elle a croisé les bras et a regardé au loin, sans sourire. Évitant mon regard.
Qui décevoir? Les enfants ou la maîtresse?
J’ai choisi de décevoir la maîtresse.

Je leur ai lu Pipi dehors.
Les enfants ont rigolé comme des petits fous.
Pas moi.
C’était la première fois que je lisais cet album à voix haute, dans une classe.
Devant l’air mécontent de la maîtresse, j’ai eu peur que ma lecture dérape en séance de bouffonnerie.

J’aurais voulu faire remarquer aux enfants le talent et l’habileté de l’illustrateur, Frédéric Normandin, qui a réussi à montrer Pierrot, le petit héros, urinant dehors à plusieurs reprises sans jamais que l’on voit son zob.

Tandis que je lisais à voix haute devant les enfants rigoleurs, une question s’agitait frénétiquement dans mon cerveau: Est-ce que je peux dire le mot pénis dans une classe de maternelle en Ontario? Si je dis ce mot, est-ce que je vais provoquer un esclandre? Est-ce que les parents se plaindront? Est-ce que je serai barrée à tout jamais des écoles ontariennes?

Pour reprendre une expression chère à ce cher PET, j’ai été pleutre.
J'ai joué fessier.
Je n’ai pas dit pénis.
J’ai dis zizi.

mercredi 28 avril 2010

Et si on créait le "Prix du Livre oublié"?


Histoires de livres, recueil de nouvelles. Sous la direction de Jacques Allard. Hurtubise HMH. 245 pages.

Vingt bons auteurs qui nous concoctent vingt bonnes histoires parlant de livres. Célébrons! C’est justement pour célébrer leur 50e anniversaire que les Éditions Hurtubise ont demandé à des auteurs de la maison d’écrire des nouvelles sur le sujet du livre.

Ça donne un petit recueil à la couverture discrète, trop même je dirais. Mais on aurait tort de se fier aux apparences. On trouve dans Histoires de livres des textes aussi vibrants que chatoyants. J’en ai parlé dans ma chronique de samedi dernier aux Divines Tentations.

Il faut lire le récit autobiographique de Lise Bissonnette, ancienne rédactrice en chef du Devoir et ancienne grande patronne de la Grande Bibliothèque, qui nous raconte, de sa plume élégante et un brin précieuse, l’histoire tragique de sa sœur qui voulait désespérément être auteure, mais dont les manuscrits ont toujours été refusés.

Il faut lire le récit d’une ironie mordante signé Madeleine Monette, qui nous montre la naïveté de ces gens qui sont convaincus de porter en eux le prochain best-seller du siècle.

Il faut lire comment André Carpentier met de délicatesse et de tendresse dans le portrait de son père et de son amour pour les livres.

Il faut lire Maryse Rouy et ressentir sa joie profonde et sa nostalgie toute aussi profonde lorsqu’elle évoque l’unique livre que possédaient ses grands-parents: un fablier dont elle a hérité.

Il faut lire la nouvelle originale d’Hervé Foulon, sur la vie d’un roman, narrée par le bouquin lui-même. Dans ce texte, le président de HMH lance une idée fantastique en suggérant d’imiter nos cousins français et de créer le Prix du livre oublié. Quand on pense qu’au Québec, la vie d’un livre en librairie ne dépasse guère plus de trois mois, ce ne serait pas un luxe que d’avoir un tel prix. Plusieurs même!

dimanche 25 avril 2010

Avoir devant soi quatre morceaux et n'en manger qu'un seul...


Je suis seule dans une chambre d’hôtel de Newmarket, dans le bel Ontari-ari-ario...

Une bibliothécaire bien intentionnée m’a conduite ici et m’a laissée seule avec un cadeau empoisonné: un sac d’acaïs et de bleuets enrobés de chocolat noir.
Une enseignante très attentionnée m'a apporté un plat de fruits frais. Des kiwis au vert vibrant, des fraises fraîches, du melon qui fond sur la langue...

Mais ce sont les chocolats qui m'attirent aussi sûrement qu'un aimant. Sur le sac, comme pour mieux me narguer, la publicité clame sournoisement: "Contient les bienfaits des flavanols du cacao."

Je répète, je suis seule.
Seule avec ma gourmandise.
Il n’y a personne pour voir combien j’ai déjà mangé de bleuets chocolatés.
Et combien j’en mangerai encore…
Ça tombe bien mal, car ce soir, j’ai autant de volonté qu’un lombric septuagénaire.

La force.
Hum.
Certains jours j'en ai des barils pleins.
D'autres jours, même pas de quoi remplir un dé à coudre.

Elle est tombée en plein dans le mille,Judith Viorst, en décrivant ainsi la force:
«La force, c’est la capacité de briser à mains nues une tablette de chocolat en quatre morceaux et ensuite… de manger un seul de ces morceaux.»

Ce soir, la force (en tout cas la mienne) a pris la poudre d'escampette.
Et non, ne me demandez pas, car même sous la torture, je n’avouerai pas combien de bleuets chocolatés j’ai mangés…

jeudi 22 avril 2010

Il faut de la patience pour concocter des boutons de pissenlits marinés...



J’en ai dégusté il y a très longtemps et ça m’a inspiré un roman.
Hier, j’ai décidé que j’allais concocter ce met de gourmet.

Pleine de bonne volonté, je me suis mise à genoux dans l’herbe ensoleillée.
Mais… mais… mais.
Après 20 minutes de cueillette minutieuse, ma récolte s’avérait plutôt maigre, comme en fait foi ma photo.
Quand j’ai vu que la recette exigeait 4 tasses (ouille…), j’ai accroché sur-le-champ ma toque de chef.


Ça m'a pris plus d'une décennie pour accoucher de Miss Pissenlit...
Faut croire que j’ai plus de patience pour pitonner sur mon clavier et pour tremper dans les mots que pour préparer des boutons de pissenlits marinés.

mardi 20 avril 2010

Quand un livre est si bon qu'il nous gâche la lecture du suivant...



Charité bien ordonnée, Marina Endicott, Boréal. 496 pages

Les livres forts, les incontournables, ceux qui vous prennent-à-la-gorge, les livres appelés-à-devenir-des-classiques, ceux-là nous gâchent ensuite la lecture des pauvres livres qui ont le malheur de suivre après. Car on peut rester longtemps imprégné d’un bon livre. Quand il m’arrive de lire un de ces livres phares, je ne veux plus quitter l’auteur, ni son histoire, ni ses personnages. Et j’en veux parfois à l'infortuné auteur qui suit de ne pas avoir créé un univers qui ressemble à celui que je viens de quitter. (Je sais, je sais, c’est illogique et injuste mais je n’y peux rien.)

Charité bien ordonnée, de Marina Endicott est justement l’un de ces livres qui a squatté dans mon cerveau longtemps après que je l’ai eu refermé. Je l’ai lu en anglais il y a un an et je viens de lire la traduction avec un plaisir tout aussi vif. En me délectant tout autant. J’en ai parlé ce samedi, dans ma chronique aux Divines Tentations.

Deuxième roman d’une auteure qui vit en Alberta, Charité bien ordonnée présente la parabole du bon Samaritain adaptée à la sauce canadienne et contemporaine.

Clara, une célibataire professionnelle dans la jeune quarantaine se retrouve du jour au lendemain avec une nouvelle famille sur les bras : une mère atteinte du cancer, ses trois enfants de moins de 10 ans et une veille grand-mère chipie et grognonne. Dans un geste de belle et folle générosité, Clara ouvre sa maison à ces purs inconnus.

On suit Clara dans cette aventure où elle connaît des moments de bonheur sublime avec les enfants ainsi que des moments de découragement total. Pas de hauts faits, pas de scandales sexuels, de poursuite d’autos ou de meurtres en série dans cette histoire réaliste. Non, l’auteure nous présente plutôt la routine parfois drabe, parfois lumineuse, de gens ordinaires. Mais bon dieu qu’elle excelle Marina Endicott à dépeindre ces petits riens du quotidien, les comiques et les tragiques.

Tous ses personnages ont des personnalités distinctes, très affirmées. Tous, chacun à leur façon, démontre un haut degré de vulnérabilité, ce qui les rend encore plus inoubliables.

En plus, Marina Endicott nous parle de générosité, de pauvreté, de solidarité, sans lourdeur aucune, sans jamais verser dans le prêchi-prêcha. Voilà donc un roman qui réussit ce rare exploit de nous prendre par l'esprit autant que par les émotions.

Un incontournable que je vous dis. Et vous seriez bien avisé de faire un détour pour mettre la main dessus.

dimanche 18 avril 2010

Quoi de plus beau qu’un homme (ou une femme) révoltée?


Ces derniers jours, les médias nous ont servi plusieurs beaux témoignages sur Michel Chartrand.

Mais c’est celui de Gil Courtemanche, dans LeDevoir de samedi, qui m’a le plus hameçonné.

« L'homme révolté, pour parvenir à l'équilibre sur la corde raide de la critique permanente, doit croire profondément au bonheur et à la beauté des choses. C'est parce qu'il est profondément inspiré par la beauté et le bonheur qu'il en fait sa revendication incessante. Tels étaient Camus, Éluard, Ferré et, pour moi, près de moi, en moi, l'homme dont la rencontre fut la plus déterminante pour le reste de ma vie, Michel Chartrand, notre homme révolté, mon homme révolté. (…)

« Mauvais catholique mais chrétien exemplaire et convaincu, Michel incarnait ces valeurs: la générosité, la recherche de la justice, le partage, la solidarité humaine et, surtout, l'obligation sacrée de ne pas pratiquer l'indifférence et de travailler sans cesse à la possibilité du bonheur et de la beauté."

J’ai découpé la chronique de Courtemanche pour l’épingler sur mon babillard. En me disant: « C’est comme ça que je veux vivre ma vie. »

Ouais.
Mais il y tout un monde entre la théorie et la pratique.
Autant on peut croire dur comme fer à l’importance de s’engager, autant on peut avoir envie de ne pas s’engager…

L’ironie, c’est que cette semaine, on est justement venu solliciter mon temps et mon énergie pour que je m’implique dans un organisme à but non lucratif. La cause est valable et me tient grandement à cœur.
Mon premier réflexe est pourtant de dire NON! NON! NON!
Et de me sauver à toute vitesse!

Oui, je veux donner (et redonner), contribuer à ma communauté, mais sapristi, je n’ai pas déjà pas assez de TEMPS pour accomplir tout ce que j’ai envie de faire. Une journée de 24 heures, c’est cruellement court. Et je n’ai jamais assez de TEMPS pour arriver à tout cocher sur mes listes qui sans cesse s’allongent et se regénèrent… Et bien sûr, je n’ai jamais assez de TEMPS pour écrire tout ce que j’ai envie d’écrire.

Même si écrire, c’est une façon d'aller vers les autres, de partager, de transmettre des valeurs, la création reste un acte essentiellement égoïste… étroitement lié à l’égo.
Dire oui au bénévolat, c’est perdre un temps précieux que je veux donner à l’écriture.
Dire non au bénévolat, c’est perdre la richesse qui vient avec l’engagement et le don de soi.
Déchirant dilemme.
Il avait bien raison, le père Shakespeare, de dire « You’re damned if you, you’re damned if you don’t. »